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Quand tu auras des enfants, tu comprendras…

Combien de fois on me la fait celle-là?

Parler ouvertement de sa conception avec l’apport d’une tierce partie, ça semble être un grand tabou dans notre société. On me dit souvent que je manque de respect envers mes parents, que je dois don ben faire de la peine à mon père, que je suis une stupide enfant gâtée…mais surtout, que je ne peux pas comprendre. Vraiment, il semblerait que parce que je dénonce une injustice en mon nom, que je sois complètement incapable d’empathie et de compassion envers mes propres parents, envers les couples infertiles, envers les personnes homosexuelles, et envers les femmes célibataires qui en ont marre d’attendre après le « bon » gars.

Tout d’abord, y a-t-il quelqu’un qui peut avoir un peu d’empathie pour moi? Je veux dire, ok, toutes les personnes mentionnées plus haut ont leurs associations, leurs lobbies auprès des gouvernements, des gens haut-placés qui veillent à leurs intérêts. Nous, on n’a rien. Pas de poids politique, pas de voix, pas de moyens pour faire valoir notre point de vue. Quand on commence à se plaindre, on nous envoie chez le psy. Merci bonsoir! Comme si le fait de vouloir connaitre notre propre histoire, c’était une grave déviance, quelque chose de problématique, voire même d’inhumain.

Il y a une grande part d’infantilisation dans le commentaire « Quand tu auras des enfants, tu comprendras ». On suppose toujours que je suis une gamine, parce que tsé, après tout, je suis un « bébé »-éprouvette. Ben imaginez-vous donc que j’ai non seulement passé la trentaine, mais j’ai aussi commis l’odieux de me reproduire (de la manière la plus conventionnelle qui soit). Que non, ça n’a pas été facile, que cet enfant-là, il s’est fait attendre. Que j’ai contemplé pendant un temps l’option d’avoir une vie sans enfants, que j’ai même pris des informations sur l’adoption. Mais contrairement à ce que vous semblez croire, cette expérience m’a rendu très empathique… envers mon propre enfant (et ceux que j’aurai peut-être un jour),et non envers mes parents.

Je ne comprends pas comment on peut mentir de la sorte à la chair de sa chair, ou comment on peut en cacher autant au sang de son sang. Je ne comprends pas comment je pourrais couper le lien biologique qui unit mon enfant au reste de l’humanité juste parce que ça me convient mieux de cette manière. Je ne peux pas concevoir de lui laisser une page blanche là où je devrais lui donner le plus d’information possible. Je ne voudrais jamais créer un vide dans la vie de cette personne que j’aime tant dans le but de combler un vide dans ma propre vie.

Alors à tous ceux qui me lancent que je ne peux pas comprendre, je leur relance la même affirmation avec une p’tite twist: vous ne voulez pas comprendre.

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Classé dans Montée de lait, Témoignages

Maudite dette existentielle

Au début de l’été, dans la foulée du dépôt du rapport du CSBE réclamant entre autres plus de balises pour le programme québécois de procréation assistée, le Ministre de la Santé Gaétan Barrette a laissé entendre que d’importants changements pourraient être apportés au programme, voire même qu’il pourrait être abandonné. Il n’en fallait pas moins pour que les cliniques de fertilité, les « fertologues » ainsi que l’Association des Couples infertiles du Québec (ACIQ) montent aux barricades. Je soupçonne aussi les autres groupes qui pouvaient bénéficier du programme (les couples homosexuels et les mères célibataires par choix, notamment) de préparer des sorties publiques pour défendre les acquis de la loi 26. Évidemment, dans ce débat, les personnes issues de la procréation assistée brillent par leur absence. Aucune association ne nous représente, personne ne semble s’intéresser à notre point de vue.

Je ne peux pas représenter à moi seule toutes les personnes issues de la procréation assistée au Québec. Je peux affirmer toutefois que nous existons, et que bien que nous soyons souvent silencieux, cela ne veut pas dire que nous n’ayons rien à dire. De plus, j’apprécierais vraiment que l’argumentaire utilisé de part et d’autre fasse preuve d’un plus grand respect pour nous.

Bien que les dépassements de couts (PRÉVISIBLES) du programme soient la raison principale de cette remise en question, il est primordial de cesser d’employer un discours objectivant les enfants nés des différentes interventions médicales utilisées pour pallier l’infertilité. Je lis régulièrement des témoignages où on utilise l’argument de « l’enfant qui grandira et deviendra travailleur et payeur de taxes » pour justifier l’investissement du gouvernement dans la procréation médicalement assistée. On a même osé nous qualifier « d’investissement rentable » ou de « bon deal » dans certains articles.

Je suis profondément blessée et insultée lorsque je réalise que cet argumentaire est utilisé par des parents qui ont bénéficié du programme. Ce n’est pas parce que ce gouvernement vous traite comme des numéros que vous devez traiter vos enfants comme des objets ou les présenter comme tels. Ayez un minimum de décence dans vos propos, je vous en prie!

Cet argument implique que les personnes dont la conception a couté de l’argent et des efforts supplémentaires ont une dette existentielle supérieure aux autres. Cela ferait de nous des citoyens de seconde classe dont la mission est déterminée d’abord et avant tout par nos « créateurs »; nous serions des êtres passifs qui devraient se soumettre à la volonté de ceux qui ont daigné leur donner la vie.

Pourquoi dois-je réclamer le droit d’exister, de penser, de m’exprimer librement? Pourquoi est-ce que toute ma vie on tente de m’imposer le point de vue de mes parents, des médecins qui m’ont conçue, de ceux qui ont payé pour que je naisse? Bien que j’aie été conçue de manière non traditionnelle, je suis une personne à part entière, égale aux autres humains que je côtoie. J’ai beau être le produit d’une industrie, j’ai beau avoir été sélectionnée comme un animal d’élevage, j’estime que j’ai le droit de jouir de ma dignité humaine, peu importe combien j’ai couté au système, à mes parents ou à qui que ce soit d’autre.

Je suis prête à respecter le point de vue des différents intervenants dans le débat sur le programme québécois de procréation assistée. Par contre, je n’accepte pas qu’on me traite, moi et toutes les personnes qui ont été conçues comme moi, comme des objets ou comme des êtres inférieurs qui doivent leur cul à tout le monde dès la naissance…

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Classé dans Montée de lait, Opinion

Aux parents par « don » de gamètes

Contrairement à ce qu’on pourrait croire en lisant mes nombreuses montées de lait, je ne suis pas contre le traitement de l’infertilité, ni contre la procréation assistée. Je pense simplement que les choses pourraient être faites autrement, avec un plus grand respect pour les personnes qui seront ainsi conçues. Je crois aussi fermement qu’il faut qu’on en parle plus, qu’il faut démystifier la question, mieux informer les gens, faire preuve d’ouverture. La honte et le secret n’ont pas leur place dans ce débat; trop de gens restent dans le placard avec leurs idées bien arrêtées et manquent plusieurs opportunités d’évoluer, de se remettre en question, de grandir.

Je suis bien consciente que beaucoup de parents intentionnels continueront d’utiliser la reproduction avec l’apport d’une tierce partie pour concrétiser leur « projet parental ». Ce n’est pas un choix que je ferais personnellement, en toute connaissance de cause, mais je peux respecter ceux qui le feront.

Pour ceux qui choisiront d’utiliser les gamètes d’un étranger ou d’une étrangère pour concevoir leur enfant, pour ceux qui ont déjà fait ce choix, je tiens à soulever trois problèmes essentiels en lien avec cette pratique. Ce ne sont pas les seuls, mais comme point de départ, je crois que cette réflexion s’impose.

Le secret nuit à votre enfant et à l’adulte qu’il deviendra, de même qu’à votre famille

J’ai beaucoup de mal à concevoir qu’encore aujourd’hui, certains parents  par « don » de gamètes se demandent s’ils devraient dire la vérité à leur enfant au sujet de leur conception. C’est selon moi un manque total de respect envers lui que de lui cacher une information aussi cruciale qui le concerne directement. De toute manière, la vérité finit toujours par sortir, et pas toujours dans les meilleures circonstances: lors d’une chicane de famille, suite à un test médical ou par la bouche d’une matante en boisson, sans compter la sensibilité naturelle de certaines personnes qui vont ressentir que quelque chose ne tourne pas rond. J’ai pour ma part toujours eu la très nette impression d’aussi loin que je me souvienne, qu’il y avait quelque chose que tout le monde savait que moi je ne savais pas. Bien avant que je commence à me douter de quelque chose parce que j’étais la seule de ma famille à avoir un groupe sanguin A (tout le monde est O chez nous), bien avant que je réalise que mes yeux verts sortaient de nulle part, et bien avant que ma mère ne me dise la vérité alors que j’avais 12 ans, je me sentais étrangère dans ma propre famille.

Apprendre « sur le tard » qu’on n’est pas biologiquement lié à l’un de nos parents peut avoir des conséquences désastreuses non seulement sur le développement de notre identité, mais aussi sur la manière dont on entre en relation avec les autres humains, sur notre capacité à faire confiance, sur notre estime personnelle. Le premier lien de confiance qu’un enfant développe dans sa vie, c’est celui avec ses parents. De nombreuses études confirment l’importance de cet attachement. C’est extrêmement traumatisant d’apprendre que cette relation était basée sur un mensonge (ou sur une omission volontaire). Ça vient ébranler le fondement même de ce que l’on est, de ce que l’on croit être, de ce que l’on ne sait plus. On ne sait pas toujours qui sait, qui ne sait pas, qui l’acceptera et qui nous rejettera, à qui on peut faire confiance, à qui on peut se confier, qui risque de nous trahir encore… On peut choisir de faire comme si de rien n’était, de tout balayer sous le tapis, exactement comme c’était avant qu’on l’apprenne, mais ça nous rattrape un jour ou l’autre, et il faut finalement y faire face pour mieux l’assumer.

« Quand est-ce qu’on doit le dire? » me demanderez-vous. Tôt et souvent. Tôt comme dans in utero. Souvent comme à tous les jours (bon à un moment donné, ça devient acquis et on peut en parler seulement une fois par mois…). Il faut grandir avec cette vérité, qu’elle ne soit pas un tabou. Les couples infertiles doivent régler leurs bibittes avant de faire des enfants. Il faut que vous fassiez le deuil de votre fertilité, comme dans le cas de l’adoption. Il faut que ce soit acquis pour vous que votre enfant n’est pas lié génétiquement à l’un de vous, et que vous soyez prêts à ce que la vérité sorte devant tout le monde: le médecin comme la coiffeuse, l’éducatrice en garderie comme le concierge de l’immeuble. Soyez-en fiers, assumez le choix que vous avez fait. Le secret mène trop souvent à la honte, et vous ne voulez surtout pas que votre enfant ait honte d’exister.

Il n’est jamais trop tard pour être honnête envers votre enfant. Parfois, le manque d’information et d’accompagnement, le contexte social et culturel ou autre chose retiennent les parents. Néanmoins, je crois fermement que mieux vaut tard que jamais. J’en ai voulu à ma mère de m’avoir menti pendant 12 ans; mais je lui suis tellement reconnaissante d’avoir finalement reconnu que c’était plus sain pour moi que je sache la vérité. Je ne dis pas que ce sera facile, mais c’est un mal nécessaire. Avec un support psychologique adéquat, avec le temps, on gagne en maturité et on arrive à comprendre.

Et si le côté « psycho » n’est pas votre fort, sachez que pour des raisons médicales, c’est important qu’une personne soit au courant qu’elle est issue d’un « don » de gamètes. Le commun des mortels ne réalise pas combien de fois par année une personne se fait demander si elle a des antécédents de tel problème ou de telle maladie dans sa famille. Ce n’est pas tout le monde qui a accès à ces informations, j’en conviens. Je crois quand même qu’un « je ne sais pas » dans notre cas est plus approprié qu’un tissus de mensonges. Il y a aussi le risque de consanguinité lorsque vient le temps de fonder notre propre famille. Les banques de sperme vont vous dire que ce risque est presque nul, mais il est néanmoins plus grand que pour le reste de la population « normalement » conçue. Il y a des « guides de bonnes pratiques » en la matière, mais ils ne sont jamais suivis à la lettre, et même lorsqu’il y a de la réglementation, il n’y a aucune autorité qui effectue des vérifications et qui applique des sanctions. La consanguinité est gérée avec beaucoup plus de rigueur chez les bovins laitiers que chez les humains. Ce n’est pas très rassurant de se savoir issu d’insémination artificielle, mais en être conscient nous permet d’être plus vigilants…

L’anonymat est néfaste pour tout le monde

Je suis malheureusement bien consciente que le programme québécois de procréation assistée ne rembourse pas le sperme non-anonyme. Il faut savoir que le sperme actuellement utilisé au Québec provient majoritairement de banques étasuniennes (où aucun suivi ni aucune réglementation ne sont imposés et où les « donneurs » sont grassement rémunérés). Les parents qui pourraient être sensibles à la question sont fortement encouragés à utiliser du sperme anonyme, et la machine à désinformation au sujet des supposés dangers d’utiliser des gamètes non-anonymes fonctionne à plein régime. Pourtant, je suis convaincue qu’il est beaucoup plus sécuritaire d’utiliser du sperme de « donneur » ouvert, et je déplore le manque de vision à long terme des fonctionnaires qui ont décidé de faire des économies de bouts de chandelles en décidant de ne payer que pour le sperme anonyme.

Habituellement, les parents intentionnels souhaitent avant tout un enfant en santé. Le dossier médical des potentiels fournisseurs de gamètes doit donc être sans taches, ce que les cliniques s’empressent d’assurer à leurs clients, bien qu’ils n’ont pas fait les vérifications eux-mêmes. Or, les antécédents médicaux sur la fiche du « donneur », c’est une photo prise à une certaine époque, souvent quand la personne est encore relativement jeune et en santé. Après le « don » (ou plus exactement les « dons »), aucun suivi n’est effectué. Le fournisseur de gamètes pourrait bien développer une maladie héréditaire à l’âge de 40 ans qu’on n’en saurait absolument rien. Même s’il prenait la peine d’avertir la banque de sperme (ce qui est très improbable), celle-ci ne fera jamais l’effort de retracer tous les descendants pour les avertir, surtout si ceux-ci sont basés outre-mer. Des situations semblables se sont déjà produites, et de nombreuses personnes ne sauront jamais qu’elles sont porteuses d’une malformation cardiaque, qu’elles ont un risque accru de développer un cancer du côlon, ou qu’elles pourraient transmettre ces gènes à leurs enfants.

On suppose aussi que les potentiels « donneurs » sont honnêtes lorsqu’ils donnent leurs informations. Cependant, j’ai un doute sur l’honnêteté absolue d’une personne qui est rémunérée pour sa contribution (rappelons-nous que les « donneurs » proviennent des États-Unis où ils sont toujours rémunérés) et qui demande de rester anonyme pour toujours…

Au-delà des données de santé, il y a le risque de consanguinité dont j’ai brièvement parlé plus tôt. On nous dit que des normes sur le nombre de descendances par donneurs sont strictement appliquée, or, il n’y a aucune autorité indépendante qui effectue des vérifications. Chez nos voisins du Sud, lorsqu’une banque nous dit qu’on a assez donné, on peut aisément se tourner vers une autre banque pour « donner » à nouveau. Même ici, ce serait une possibilité, puisqu’il n’y a aucun fichier centralisé qui répertorie les donneurs (qui sans être rémunérés à proprement parler, sont assez bien dédommagés).

Mais supposons que je nage en pleine paranoïa et que tout ce beau monde est parfaitement honnête et agit uniquement par pur altruisme, avec une rigueur exemplaire dans l’application des normes (qui existent, là, on s’entend!). Il reste qu’une personne issue d’un géniteur prolifique a plus de chances de tomber sur une personne qui lui est apparentée qu’une personne qui a été conçue de la bonne vieille manière (et ça inclus les adoptés). On calcule les risques de consanguinité en ne considérant que les descendants directs, autrement dit, le risque d’inceste involontaire entre demi-frères/sœurs. Or, on évacue les probabilités qui existent entre cousins (et ces derniers ont encore moins de chance de savoir que leur oncle a été donneur de sperme à une certaine époque), ou entre les enfants des enfants issus d’un même géniteur. Le risque est d’autant plus élevé dans la population québécoise dite « pure laine » qui présente une diversité génétique très limitée comparativement à beaucoup d’autres populations du monde.

Vous me direz que de faire des enfants entre cousins, ce n’est pas si grave que ça, et je vous répondrai que j’éprouve quand même une certaine forme de dégout face à cette idée. Je ne suis peut-être juste pas encore « rendue là » dans mon ouverture d’esprit…

Il reste que de savoir le nom de mon géniteur me permettrait de limiter les risques de consanguinité pour moi (bon, je suis déjà en couple, le mal est peut-être fait!) et pour mes enfants.

Par ailleurs, je trouve dommage qu’on considère l’apport d’un « donneur » comme purement matériel. Lorsqu’une personne fournit les gamètes nécessaire au projet parental d’autrui, elle transmet la moitié de son code génétique à une autre personne. Elle fournit à sa progéniture l’un des deux liens qui l’unit biologiquement au reste de l’humanité, ce qui fait que Pinocchio deviendra un vrai petit garçon et non une marionnette sans vie remplie des désirs de son créateur. Pour moi, bien que cette personne ne soit pas mon père, elle a une importance capitale dans ma vie. Je souhaiterais pouvoir mettre un nom, un visage sur cette vague idée que je me fais d’elle. Autrement, je me sens « artificielle » et déconnectée.

Ce ne sont pas toutes les personnes issues de gamètes étrangères qui ressentiront le besoin de faire des recherches pour trouver l’identité de leur géniteur, cependant, c’est une marque de respect que de leur laisser cette possibilité, que ça leur appartienne. Pendant une grande partie de ma vie, je me suis convaincue que je n’avais pas besoin de cela. Puis, un jour, c’est devenu important, crucial, voire même viscéral. C’est comme cela, on ne peut pas savoir ce que l’on ressentira dans 20 ou 30 ans. Mieux vaut garder ses options ouvertes que de couper des ponts…

Les cliniques de fertilité ne sont pas des organismes de charité mais bien des entreprises à but lucratif…très lucratif!

Il n’y a pas de mal à vouloir gagner sa vie, à demander de se faire payer pour un service que l’on rend. Dans notre société, lorsque le gouvernement paie pour un service, on parle à tort de gratuité. Si quelqu’un t’achète une crème glacée, ta crème glacée n’est pas gratuite. Si collectivement on fait le choix de payer pour des soins de santé (ou pour l’éducation post-secondaire mettons), ça ne fait pas en sorte que ce soit « gratuit ». Les gens qui offriront le service en question seront évidemment payés pour le travail qu’ils feront. C’est un travail bien utile, ça aide des gens, mais ce n’est pas une œuvre de charité. Un urgentologue sauve peut-être des vies, mais il reçoit son chèque de paye en bout de ligne aussi (certains médecins sont motivés par leur altruisme et leur amour de l’humanité, mais d’autres le sont par leur chèque de paye). Même si le client ne le paie pas directement, il représente tout de même une source de revenus pour lui à chaque fois qu’il sort sa carte-soleil.

Les cliniques de fertilité ont toujours été des entreprises à but lucratif. Les gens qui les fréquentaient avant l’avènement de la « gratuité » savent bien combien il en coutait pour une fécondation in vitro ou une insémination artificielle. À partir du moment où la carte-soleil est devenue un « mode de paiement » accepté, on a arrêté de voir ce qu’il en coutait réellement. Il n’est reste pas moins que dans toute cette histoire, ce sont les médecins propriétaires des cliniques de fertilité qui ont fait de bonnes affaires…

Quand un parent intentionnel se présente en clinique de fertilité, c’est lui le client, c’est lui le patron. Le produit qu’il demande, quoi qu’on en dise, c’est un enfant; le produit qu’on lui vend, quoi qu’on en dise, c’est un bébé. Ultimement. Personne ne veut subir des traitements de fertilité juste pour le fun de se mettre les pieds dans les étriers pour se faire jouer dans l’utérus avec des aiguilles longues de même, ou pour le trip de vivre les bouffées de chaleur, sautes d’humeur et autres joyeux symptômes associés à la prise d’hormones. Une fois qu’un enfant est conçu, les cliniques ne font pas de suivi. Elles n’ont aucun intérêt pour nous, les enfants de la procréation assistée. Après tout, elles nous ont conçus et vendus sans scrupules au plus offrant, comme on le fait pour des chiots d’animalerie.

On croit à tort que plus un enfant est désiré, plus il sera aimé de ses parents. On pense rarement qu’un enfant qui a été « obtenu » suite à de grands efforts (et à beaucoup d’argent) pourrait ressentir une certaine pression de la part de ses parents et/ou de la société. Or, aussi difficile qu’a pu être notre conception, on n’a pas demandé à venir au monde. Je dis souvent que si je n’étais jamais venue au monde, ça aurait causé plus de tort et de chagrin à mes parents qu’à moi (ceci dit, comme la majorité des gens, je suis très contente d’être en vie!). Ma vie a commencé après les démarches de mes parents, ce n’est pas moi qui ai mis du temps à venir…

Les cliniques n’ont pas intérêt à ce que les enfants de la procréation assistée donnent leur opinion sur le sujet. Cela risquerait de les forcer à mettre en place des programmes de suivi, des registres, à se soumettre à un contrôle extérieur. Les médecins de l’industrie de la fertilité ont un puissant lobby pour leur garantir toute liberté d’action et de contrôle. Les parents intentionnels ont peut-être un peu de poids dans la balance parce qu’ils représentent leur principale clientèle, mais les enfants qu’ils conçoivent sont une nuisance lorsqu’ils prennent leur destin en main. Les conseils donnés aux parents au moment de la conception ne visent pas à nous apporter un plus grand bien-être, mais plutôt à ce qu’on prenne conscience le plus tard possible (idéalement jamais) qu’il y a quelque chose qui cloche.

Vous devinerez que j’en veux beaucoup plus aux médecins qu’aux parents intentionnels qui sont souvent manipulés par eux. Je bouille chaque fois que j’entends un médecin dire que la levée de l’anonymat des « donneurs » mettrait les banques de sperme à sec (alors que ce n’est pas du tout ce qui est arrivé dans les nombreux pays qui ont fait ce choix, même lorsque la rémunération est interdite). Ma colère est encore plus intense lorsque des « fertologues » affirment que de concevoir un enfant artificiellement est rentable si on considère que ce dernier contribuera à la société en payant taxes et impôts au cours de sa vie (voir mon texte à ce sujet ici, j’en parle à la fin) . Ces arguments sont ensuite repris par les parents en mal d’enfants qui ne se rendent pas compte du mal que ces idées font.

Depuis que les dépassements de couts du programme de procréation assistée font les manchettes, je vois de plus en plus de commentaires disant que la procréation assistée coute trop cher aux contribuables. Je vois aussi de plus en plus de personnes réclamer le « droit à l’enfant » comme s’il s’agissait du salaire minimum, d’un « service essentiel ». Est-ce qu’on se rend compte à quel point ce type de discours objective l’enfant?

Je n’aime pas être considérée comme un produit de consommation. Je n’ai rien à voir avec les difficultés à concevoir de mes parents, je n’ai pas à porter le poids de leur souffrance et de leurs efforts. Oui, j’ai été « produite » en laboratoire, je ne serais pas là si ça n’avait pas eu lieu et je n’étais pas là quand ça s’est fait. Ceci dit, maintenant que je suis au monde, je n’appartiens à personne, et j’ai le droit de penser toute seule, d’exprimer ce que je ressens ou de me révolter indépendamment de ce que ça peut faire à mes parents. Je n’ai pas à être reconnaissante envers les personnes qui m’ont conçue, elles l’ont fait pour elles, pas pour moi. Mes parents pour avoir le bonheur d’avoir un enfant, les médecins pour faire leurs versements d’hypothèque de chalet. Même le « donneur » a été grassement dédommagé pour sa contribution. Je suis le produit d’une industrie, et ça ne me plait absolument pas, peu importe comment on retourne la question.

Soyez l’allié de votre enfant!

Avant de prendre votre décision, prenez le temps de consulter des personnes qui n’ont pas d’intérêt dans votre projet parental. Trouvez des adultes issus de « dons » de gamètes, lisez leurs blogues (et aussi ce post, tant qu’à y être!). Considérez que l’opinion de votre enfant ne sera pas la même que la vôtre, car son point de vue est totalement différent, et acceptez-le tel qu’il sera, tel qu’il évoluera. Assumez ce que vous faites, acceptez de vous remettre en question dans vos convictions profondes, plusieurs fois. Supportez votre enfant, éveillez sa curiosité, soyez sensible à ce qu’il ressent et fournissez-lui une aide extérieure à vous s’il en ressent le besoin.

Vous pourrez être un excellent parent, j’en suis convaincue, mais personne n’est parfait!

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Classé dans Opinion

Faut-il vraiment tout médicaliser?

J’ai dans mon cercle d’amis quelques couples homosexuels qui souhaitent avoir des enfants. Plusieurs savent à quel point ma conception par un géniteur anonyme m’a amené de nombreux questionnements, à quel point j’en ai voulu à mes parents à divers stades de ma vie et pour différentes raisons, et c’est ce qui les amène parfois à me parler de leur projet et à me demander ce que j’en pense.

Je me suis souvent posé la question à savoir si j’utiliserais moi-même du sperme étranger si j’étais en couple avec une autre femme et qu’on avait le projet de mettre un enfant au monde. À chaque fois, j’en suis venue à la conclusion que je ne pouvais pas créer un vide dans la vie d’une personne dans le but de combler le mien. Priver une personne de ses origines, c’est injuste, et je ne ferais pas cela à mes propres enfants. J’ai aussi souvent songé à l’adoption, et j’ai réalisé que parfois, surtout dans le cas de l’adoption internationale, ça revient à priver l’enfant de ses origines également, et que certaines pratiques dans certains pays se rapprochent même de la traite de personnes. Reste l’adoption locale, régulière ou banque mixte, qui est selon moi beaucoup plus en accord avec mes principes, même si c’est un parcours du combattant. Disons que c’est un chemin différent vers la parentalité, et qu’il faut choisir ce chemin selon nos valeurs, en acceptant ce qui est tel que c’est. Je comprends que ce n’est pas pour tout le monde.

Il y a aussi le choix de vivre sans enfants. Depuis toujours, je suis convaincue qu’une personne n’a pas absolument besoin d’avoir des enfants pour s’accomplir, pour laisser une marque positive dans la société, pour qu’on se souvienne d’elle. J’ai eu plusieurs modèles dans la vie qui n’étaient pas parents, et qui m’ont grandement influencée.

C’est normal et naturel de vouloir fonder une famille; je peux le comprendre. On a beaucoup de pression sociale pour cela. Je soupçonne d’ailleurs la fameuse horloge biologique de n’avoir rien de biologique, mais d’être une pure construction sociale. Si un jour je retourne à l’université, ce serait un des sujets que j’aimerais explorer…

Je ne peux pas me mettre la tête dans le sable; la reproduction avec l’apport d’une tierce partie est là pour rester. Il y a toujours des gens qui vont choisir cette option-là. Je reste tout de même convaincue qu’on peut faire les choses avec un plus grand respect des personnes directement concernées.

Je suis particulièrement dérangée par la place que prennent les médecins dans la vie des gens. On place ces personnes sur un piédestal alors qu’ils ne sont que des humains comme vous et moi. Ce sont en quelque sorte les nouveaux « curés de paroisse » qui se mêlent des parties les plus intimes de la vie des gens. Et comme partout, il y en a qui ont de meilleures intentions que d’autres. Un médecin qui est propriétaire d’une clinique de fertilité privée fera tout pour vendre ses services. Depuis que le gouvernement rembourse tous les traitements de fertilité qu’un médecin veut bien recommander, ils font des affaires d’or. C’est un peu comme si les médecins étaient aussi pharmaciens et vendaient les médicaments qu’ils prescrivent. En fertilité, dans les cliniques privées, on vous propose tout de suite le traitement le plus couteux (et souvent le plus invasif), même si un traitement moins onéreux est envisageable. Les clients ne s’en plaignent pas; ils sortent la carte soleil et n’osent pas contester l’autorité du médecin.

Pourtant, je suis convaincue qu’on n’a pas besoin de tout médicaliser. Si on utilisait la FIV pour de réelles indications médicales, bien diagnostiquées, on pourrait limiter considérablement les couts du programme. Même chose pour l’insémination artificielle. D’ailleurs, nul besoin d’être médecin pour inséminer une femme qui n’a pas de problème de fertilité en soi; la plupart des foyers ont tout ce qui leur faut dans leur cuisine pour concevoir un enfant sans avoir de relation sexuelle… (Je le fais au quotidien avec mes vaches, mais ça, c’est une autre histoire!)

Les médecins des cliniques de fertilités nous mettent en garde: « C’est très risqué! Vous pourriez attraper plein de maladies transmises sexuellement. Et que dire des complications juridiques si le donneur réclame des droits parentaux? ». Mettons les choses au clair: le risque zéro n’existe nulle part. On peut par contre se responsabiliser, comprendre et gérer une bonne partie de ces risques. Selon moi, l’achat de sperme anonyme aux États-Unis comporte beaucoup plus de risques que de demander à un ami de confiance de contribuer à un projet parental.

Au niveau des maladies, bien qu’on teste les fournisseurs de gamètes pour plusieurs problèmes de santé, nous dépendons de l’état actuel de la science. Quand moi j’ai été conçue, en 1983, il n’était pas possible de passer un test de dépistage pour le VIH. Quand le test est devenu disponible, quelques années après, ma mère a demandé à ce qu’on l’informe à savoir si les géniteurs qui avaient été utilisés pour concevoir ses enfants avaient été testés. Devant l’impossibilité de l’hôpital à retracer les deux hommes, elle s’est résolue à passer le test elle-même. Heureusement, c’était négatif. Par contre, si jamais elle voulait donner du sang, il lui serait impossible de répondre honnêtement à la question « Avez-vous eu des relations sexuelles avec une personne dont vous ne connaissez pas le passé sexuel? ».

On croit à tort que l’état actuel des connaissances nous permet de déceler toutes les maladies du monde et de les prévenir. Ce n’est vraiment pas le cas. Plusieurs maladies comportant une composante héréditaire ne sont pas encore identifiables car on n’a pas fini de comprendre parfaitement le génome humain. Pour cela, on dépend totalement de l’historique familiale. Or, c’est une donnée qui évolue. On peut développer un cancer du côlon (ce cancer a une très grande composante héréditaire sans qu’on sache exactement où se situent les gènes qui en sont responsables) après avoir fait un don de sperme. On peut être porteur d’un gène récessif sans en être conscient. Et malgré tout, quoi qu’on vous disent, les banques de sperme ne testent pas absolument tout. Après tout, il n’y a aucune autorité qui vérifie la validité des informations qu’elles donnent, et il n’y a aucun suivi des enfants qui sont conçus avec les gamètes qu’elles vendent.

D’un point de vue strictement sanitaire, j’aurais plus tendance à faire confiance en mon meilleur ami qui accepterait de me fournir de son sperme qu’en une clinique à but lucratif qui s’approvisionne dans un pays étranger. Je ne dis pas de prendre le premier Bozo qui offre son précieux nectar « gratuitement » sur Craigslist. Je serais malgré tout probablement grandement rassurée de savoir que mes parents ont rencontré et se sont entendus clairement avec mon géniteur plutôt que de s’être fiés à ce qu’un médecin leur a dit…

En ce qui concerne les complications juridiques liées aux droits parentaux, je suis toujours étonnée de voir que les mêmes médecins qui prônent l’anonymat des donneurs pour ces raisons n’hésitent pas à pratiquer des fécondations in vitro pour des mères porteuses. Au Québec, en ce qui concerne la gestation pour autrui, il est bien clair que ces contrats sont « nuls de nullité absolue ». Le risque de complications juridiques à ce niveau-là est énorme, et malgré tout, les médecins de la clinique OVO n’ont pas hésité à pratiquer une FIV (non médicalement requise et payée par l’État) pour les enfants de Joël Legendre. Or, dans le cas du don de sperme, la loi est beaucoup plus claire. S’il n’y a pas de relation sexuelle, il est très difficile de réclamer des droits parentaux pour un « donneur » de sperme. D’un point de vue juridique, la paternité repose sur un acte de foi. Si une femme mariée donne naissance à un enfant, le second parent sera automatiquement la personne avec qui elle est mariée, qu’il s’agisse d’un homme ou d’une femme. De plus, si un parent biologique veut réclamer des droits parentaux, il doit faire la preuve qu’il s’est impliqué auprès de l’enfant en tant que parent ou qu’il faisait partie du projet parental initial. Dans tous les cas, pour le don de sperme, un bon contrat suffit à limiter les risques de complications juridiques.

Nul besoin selon moi pour un couple de lesbiennes ou pour une femme seule de passer par les cliniques de fertilité pour avoir des enfants. Si j’étais dans cette situation, je fuirais les « fertologues » comme la peste! Je considère d’ailleurs qu’ils on fait suffisamment d’argent sur mon dos, et qu’ils n’ont pas eu mon bien-être très à cœur, à moi et à tous mes « frères et sœurs » conçus par leurs « bon soins ».

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Je hais la fête des pères.

Je n’aime pas non plus la fête des mères. Pour moi, c’est une invention pour nous faire acheter des fleurs, des certificats-cadeau de chez Canadian Tire pis d’autres cossins à nos parents. À mon sens, ça profite plus aux commerçants qu’aux supposés principaux intéressés. Si t’oublies cette fête-là, t’es automatiquement une fille ingrate. Il faut au moins que tu donnes un coup de téléphone pour éviter d’être déshéritée.

La fête des père, ça me rend confuse à chaque année. Je me force à téléphoner à mon père social à qui je n’ai rien de vraiment intéressant à dire, je fais abstraction de tout ce qui cloche dans notre relation et je joue le jeu pendant un bon 15 minutes de malaise. Impossible pour mon père d’aborder le sujet de ma conception; il ne semble pas avoir digéré son infertilité, il veut encore faire comme si de rien n’était. Pour lui, si je ne l’avais jamais appris, ce serait vraiment mieux; il voudrait sans doute vivre sa paternité hors-norme dans la honte et le secret.

J’ai aussi une pensée pour mon père biologique; et je me demande s’il se doute de mon existence, si ça lui importe un peu. Je me demande s’il est intéressé à me connaitre autant que je le suis. Je songe un instant à savoir si je devrais éprouver de la reconnaissance pour lui, puis je me dis que seuls mes parents devraient être reconnaissants pour son geste. C’est le « donneur » de mes parents; à moi, il n’a rien donné.

Finalement, je suis amère autant par rapport à mon père social qu’à mon père biologique. Je hais la fête des pères, c’est inventé pour me tourmenter.

J’imagine qu’il y a d’autres personnes pour qui la fête des pères évoque un malaise; certains adoptés, ceux qui ont été élevés dans des familles reconstituées, ceux qui ont vécu l’inceste ou qui n’ont pas connu leur père pour diverses raisons… Ces personnes-là sont généralement silencieuses le jour de la fête des pères. Il ne faut pas gâcher le fun de tous ceux qui ne se peuvent plus de reconnaissance pour leur géniteur et qui ont enfin une journée pour l’exprimer.

Cette année, je n’échappe pas au malaise, mais j’ai choisi de l’assumer. Je ne ferai pas semblant de déborder de reconnaissance envers mes deux pères. Je ne prendrai pas le téléphone pour jouer le rôle de la fille parfaite. Je me fais des galettes aux fraises et j’apprécie l’été qui commence. J’évite de lire les circulaires; demain, ce sera terminé. On remplacera les trucs de la fête des pères sur les tablettes des magasins par ceux de la St-Jean-Baptiste, puis, de la fête du Canada. Et j’aurai la paix avec ça jusqu’à l’an prochain.

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Parentalité et filiation: une distinction importante

Dans tous les débats sur la procréation assistée, on mentionne souvent le « droit à l’enfant ». Sous le prétexte de l’égalité pour tous, on considère que les personne seules, les homosexuels, les couples infertiles on tous le droit « d’avoir » des enfants. Je ne peux qu’être en accord avec le principe de l’égalité, mais en même temps, ici, il y a quelque chose qui me dérange profondément. C’est qu’en parlant du droit à l’enfant, on omet une très importante distinction à faire entre le rôle de parent et la filiation. Or, d’un point de vue juridique, au Québec, on ne fait pas la distinction entre la parentalité et la filiation.

La parentalité, ça concerne les droits et les obligations des parents. Tout parent se doit de répondre aux besoin de son enfant. Il a aussi le droit de prendre des décisions pour lui alors qu’il n’est pas en âge de le faire, dans son meilleur intérêt idéalement. Un parent n’a absolument pas besoin d’être lié génétiquement à son enfant. Il s’agit d’un engagement envers lui, d’un rôle à remplir.

La filiation, ça le dit, c’est le fait d’être le fils ou la fille que quelqu’un. C’est un droit qui concerne l’enfant et non le parent. C’est ce qui nous lie tous au reste de l’humanité, ce qui nous inscrit dans une lignée généalogique, ce qui fait qu’un jour, nous naissons, nous devenons une personne. Peu importe qui sont nos parents, on a tous un père et une mère (Dans certains cas, il est possible d’avoir trois parents génétiques, soit une mère qui transmet son ADN autosomal, une mère qui transmet son ADN mitochondrial et un père. Cette pratique est encore rarissime, mais elle est scientifiquement possible et il se pourrait bien que des cliniques canadiennes offrent cette possibilité à des personnes infertiles dans quelques années). Qu’on ait été adopté, conçu par insémination artificielle avec du sperme mélangé ou accidentellement issu d’une aventure d’un soir, notre bagage génétique, ce qu’il y a d’inné chez nous, proviendra uniquement des cellules reproductrices de nos deux (ou trois) parents. La nature est ainsi faite; on ne peut rien y changer. C’est ce que tous les êtres humains ont en commun.

Au Québec (et dans plusieurs autres endroits du monde), on confond la parentalité et la filiation. C’est compréhensible, car elles ont longtemps été associées traditionnellement parlant. Toutefois, l’adoption ne date pas d’hier, et de tout temps, il y a eu des histoires de femmes qui s’envoyaient en l’air avec le jardinier ou de « laitier » à descendance nombreuse. Ce n’est que très récemment qu’on a cessé de considérer les enfants nés hors des liens du mariage traditionnel comme des « bâtards » n’ayant aucune filiation possible du côté paternel. Les lois ont tenté de se moderniser en tenant compte de la réalité des familles recomposées, des mères monoparentales, des couples de même sexe et autres familles « atypiques ». Cependant, l’erreur qui a été fait a été de reconnaitre le droit à la filiation comme un droit aux parents alors qu’il appartient logiquement à l’enfant. La filiation et la parentalité ne font désormais qu’un, et on donne préséance à la parentalité, ce qui fait en sorte qu’il est possible pour un enfant d’être né de deux mères sur le plan juridique, alors que c’est totalement impossible sur le plan biologique.

Dans notre province, lorsqu’un enfant est adopté, on détruit son acte de naissance et on en produit un autre. Comme si sa naissance physique n’avait jamais eu lieu; comme si ses parents biologiques n’avaient jamais existé. Or, on sait que cet enfant ne serait jamais venu au monde sans eux. En agissant ainsi, on le prive de son droit à la filiation dans le but de répondre au droit parental de ses parents adoptifs. Ce faisant, on l’empêche de s’inscrire dans l’histoire humaine au même titre que les autres humains qui sont élevés par leurs parents biologiques. Cela est peut-être sans grandes conséquences pour lui sur le plan juridique, mais pourra compliquer le développement de son identité et avoir des répercussions graves sur son évolution psycho-affective. Heureusement, on reconnait de plus en plus le besoin des personnes adoptées de faire des recherches afin de retrouver leurs origines biologiques.

Lorsqu’on conçoit un enfant avec l’apport d’une tierce partie, c’est très similaire. L’acte de naissance est falsifié dès le départ, on n’a pas besoin d’en détruire un. Le droit à la filiation des personnes issues de gamètes anonymes est complètement nié, sous prétexte qu’il va à l’encontre du droit à la parentalité des parents intentionnels.

Lorsqu’on se prononce contre la procréation avec l’apport d’une tierce partie, on se fait souvent traiter d’homophobe, de fermé d’esprit, de conservateur rétrograde. Je n’endosse pas la reproduction avec l’apport d’une tierce partie telle qu’elle est pratiquée au Québec à l’heure actuelle, mais je n’ai absolument rien contre les projets parentaux d’homosexuels, de personnes seules ou de couples infertiles. Si, d’un point de vue juridique, on accordait le droit à la filiation aux enfants, et le droit à la parentalité aux parents, je pense qu’on pourrait être beaucoup plus équitable envers tout le monde.

Le droit à la filiation accordé aux enfants suppose la levée de l’anonymat des fournisseurs de gamètes. Il suppose également l’ouverture complète des dossiers d’adoption aux personnes qui en font l’objet. Je rêve peut-être en couleurs, mais je crois qu’un jour, ce sera possible. Et ce jour est peut-être plus proche qu’on ne le croit!

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Génération invisible

Je dois l’avouer, tout ce qui se dit dans les média au Québec en lien avec la procréation assistée m’intéresse. Il faut dire que depuis un certain temps, je scrute le web à la recherche de mes semblables: des adultes conçus par procréation assistée au Québec. Par pur masochisme, je lis les articles et je regarde les reportages des journalistes qui croient encore que le grand public n’a pas assez de sympathie pour les pôvres couples infertiles. Hier, je suis tombée sur celui-là, un parmi tant d’autres, qui m’a levé le cœur.

Tout de suite, l’introduction nous dit que « …rarement entend-on parler du long et difficile processus que vivent les couples infertiles ». Pardon? Faites rapidement une recherche sur Google et vous verrez qu’il n’y en a que pour eux. Ils sont sur toutes les tribunes consacrées à la question, ils ont des forum, des associations, ils ont même un programme provincial remboursé par la RAMQ. Il faut les comprendre, l’infertilité est une maladie tellement souffrante, et la seule solution pour échapper au supplice de ne pas pouvoir trimbaler un poupon arborant son propre nez et la couleur de ses yeux dans une poussette dernier-cri en vantant les vertus de l’allaitement maternel, c’est d’avoir recours à de couteuses interventions. L’accouchement est une finalité, l’aboutissement du traitement; l’enfant tant attendu nait et grandit nécessairement heureux et plein de gratitude envers ses parents qui ont du traverser d’immenses épreuves pour leur donner la vie.

La réalité est beaucoup plus complexe. Oui, être infertile (ou sub-fertile), c’est douloureux. C’est une douleur psychologique, un « trouble d’adaptation » à une situation qui est effectivement difficile à vivre, et qui est beaucoup plus courante qu’on ne peut le croire. Traiter l’infertilité, ça ne veut pas dire de mettre des bébés dans le ventre des infertiles. Traiter l’infertilité, c’est s’attaquer à cette douleur. C’est proposer des solutions durables à la souffrance que vivent les gens; les aider à passer à autre chose dans la sérénité. C’est très loin de ce que fait le programme actuel de procréation assistée québécois.

L’approche des média et du corps médical de l’infertilité évacue complètement les suites du traitement. Est-ce qu’on aide réellement à fonder de bonnes petites familles québécoises heureuses et fonctionnelles ou est-ce qu’on transfère le problème à la génération suivante?

Jamais on n’entend parler de cette génération de bébé-miracles. Ces personnes qui seront à jamais considérées comme des enfants par la société, incapables de parler pour eux-même. Ces personnes qui passeront leur enfance à servir de trophée certifiant que leurs parents ont vaincu les forces de la natures qui leur avaient interdit de procréer. Ces personnes qui porteront toute leur vie une dette existentielle les obligeant à cautionner toutes les décisions prises les concernant avant leur naissance. Ces personnes à qui on cache toujours une partie de la vérité parce qu’on les croit incapables de comprendre ce que leurs parents ont vécu. Ces personnes qui n’auront personne vers qui se tourner pour exprimer toute la colère qu’elles vivront.

Presque aucune étude sérieuse ne s’est penché sur le bien-être psychologique des personnes issues de la procréation assistée. Ce que les psychologues et les travailleurs sociaux font avec les couples infertiles est plus proche d’une propagande dictée par une industrie qui ne souhaite perdre ni sa clientèle, ni l’opportunité de développer des techniques encore plus poussées sur le dos des désespérés en mal de progéniture. Le point de vue des adultes issus de la procréation assistée est totalement évacué des discussions concernant les choix éthiques qui sont faits. Nous sommes une génération invisible et tout est fait pour que nous ne sortions jamais de l’ombre.

Mais nous existons. Seulement, rarement entend-on parler du long et difficile processus que vivent les personnes qui naissent de la procréation assistée. Un processus qui dure toute une vie.

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