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Je hais la fête des pères.

Je n’aime pas non plus la fête des mères. Pour moi, c’est une invention pour nous faire acheter des fleurs, des certificats-cadeau de chez Canadian Tire pis d’autres cossins à nos parents. À mon sens, ça profite plus aux commerçants qu’aux supposés principaux intéressés. Si t’oublies cette fête-là, t’es automatiquement une fille ingrate. Il faut au moins que tu donnes un coup de téléphone pour éviter d’être déshéritée.

La fête des père, ça me rend confuse à chaque année. Je me force à téléphoner à mon père social à qui je n’ai rien de vraiment intéressant à dire, je fais abstraction de tout ce qui cloche dans notre relation et je joue le jeu pendant un bon 15 minutes de malaise. Impossible pour mon père d’aborder le sujet de ma conception; il ne semble pas avoir digéré son infertilité, il veut encore faire comme si de rien n’était. Pour lui, si je ne l’avais jamais appris, ce serait vraiment mieux; il voudrait sans doute vivre sa paternité hors-norme dans la honte et le secret.

J’ai aussi une pensée pour mon père biologique; et je me demande s’il se doute de mon existence, si ça lui importe un peu. Je me demande s’il est intéressé à me connaitre autant que je le suis. Je songe un instant à savoir si je devrais éprouver de la reconnaissance pour lui, puis je me dis que seuls mes parents devraient être reconnaissants pour son geste. C’est le « donneur » de mes parents; à moi, il n’a rien donné.

Finalement, je suis amère autant par rapport à mon père social qu’à mon père biologique. Je hais la fête des pères, c’est inventé pour me tourmenter.

J’imagine qu’il y a d’autres personnes pour qui la fête des pères évoque un malaise; certains adoptés, ceux qui ont été élevés dans des familles reconstituées, ceux qui ont vécu l’inceste ou qui n’ont pas connu leur père pour diverses raisons… Ces personnes-là sont généralement silencieuses le jour de la fête des pères. Il ne faut pas gâcher le fun de tous ceux qui ne se peuvent plus de reconnaissance pour leur géniteur et qui ont enfin une journée pour l’exprimer.

Cette année, je n’échappe pas au malaise, mais j’ai choisi de l’assumer. Je ne ferai pas semblant de déborder de reconnaissance envers mes deux pères. Je ne prendrai pas le téléphone pour jouer le rôle de la fille parfaite. Je me fais des galettes aux fraises et j’apprécie l’été qui commence. J’évite de lire les circulaires; demain, ce sera terminé. On remplacera les trucs de la fête des pères sur les tablettes des magasins par ceux de la St-Jean-Baptiste, puis, de la fête du Canada. Et j’aurai la paix avec ça jusqu’à l’an prochain.

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