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Faut-il vraiment tout médicaliser?

J’ai dans mon cercle d’amis quelques couples homosexuels qui souhaitent avoir des enfants. Plusieurs savent à quel point ma conception par un géniteur anonyme m’a amené de nombreux questionnements, à quel point j’en ai voulu à mes parents à divers stades de ma vie et pour différentes raisons, et c’est ce qui les amène parfois à me parler de leur projet et à me demander ce que j’en pense.

Je me suis souvent posé la question à savoir si j’utiliserais moi-même du sperme étranger si j’étais en couple avec une autre femme et qu’on avait le projet de mettre un enfant au monde. À chaque fois, j’en suis venue à la conclusion que je ne pouvais pas créer un vide dans la vie d’une personne dans le but de combler le mien. Priver une personne de ses origines, c’est injuste, et je ne ferais pas cela à mes propres enfants. J’ai aussi souvent songé à l’adoption, et j’ai réalisé que parfois, surtout dans le cas de l’adoption internationale, ça revient à priver l’enfant de ses origines également, et que certaines pratiques dans certains pays se rapprochent même de la traite de personnes. Reste l’adoption locale, régulière ou banque mixte, qui est selon moi beaucoup plus en accord avec mes principes, même si c’est un parcours du combattant. Disons que c’est un chemin différent vers la parentalité, et qu’il faut choisir ce chemin selon nos valeurs, en acceptant ce qui est tel que c’est. Je comprends que ce n’est pas pour tout le monde.

Il y a aussi le choix de vivre sans enfants. Depuis toujours, je suis convaincue qu’une personne n’a pas absolument besoin d’avoir des enfants pour s’accomplir, pour laisser une marque positive dans la société, pour qu’on se souvienne d’elle. J’ai eu plusieurs modèles dans la vie qui n’étaient pas parents, et qui m’ont grandement influencée.

C’est normal et naturel de vouloir fonder une famille; je peux le comprendre. On a beaucoup de pression sociale pour cela. Je soupçonne d’ailleurs la fameuse horloge biologique de n’avoir rien de biologique, mais d’être une pure construction sociale. Si un jour je retourne à l’université, ce serait un des sujets que j’aimerais explorer…

Je ne peux pas me mettre la tête dans le sable; la reproduction avec l’apport d’une tierce partie est là pour rester. Il y a toujours des gens qui vont choisir cette option-là. Je reste tout de même convaincue qu’on peut faire les choses avec un plus grand respect des personnes directement concernées.

Je suis particulièrement dérangée par la place que prennent les médecins dans la vie des gens. On place ces personnes sur un piédestal alors qu’ils ne sont que des humains comme vous et moi. Ce sont en quelque sorte les nouveaux « curés de paroisse » qui se mêlent des parties les plus intimes de la vie des gens. Et comme partout, il y en a qui ont de meilleures intentions que d’autres. Un médecin qui est propriétaire d’une clinique de fertilité privée fera tout pour vendre ses services. Depuis que le gouvernement rembourse tous les traitements de fertilité qu’un médecin veut bien recommander, ils font des affaires d’or. C’est un peu comme si les médecins étaient aussi pharmaciens et vendaient les médicaments qu’ils prescrivent. En fertilité, dans les cliniques privées, on vous propose tout de suite le traitement le plus couteux (et souvent le plus invasif), même si un traitement moins onéreux est envisageable. Les clients ne s’en plaignent pas; ils sortent la carte soleil et n’osent pas contester l’autorité du médecin.

Pourtant, je suis convaincue qu’on n’a pas besoin de tout médicaliser. Si on utilisait la FIV pour de réelles indications médicales, bien diagnostiquées, on pourrait limiter considérablement les couts du programme. Même chose pour l’insémination artificielle. D’ailleurs, nul besoin d’être médecin pour inséminer une femme qui n’a pas de problème de fertilité en soi; la plupart des foyers ont tout ce qui leur faut dans leur cuisine pour concevoir un enfant sans avoir de relation sexuelle… (Je le fais au quotidien avec mes vaches, mais ça, c’est une autre histoire!)

Les médecins des cliniques de fertilités nous mettent en garde: « C’est très risqué! Vous pourriez attraper plein de maladies transmises sexuellement. Et que dire des complications juridiques si le donneur réclame des droits parentaux? ». Mettons les choses au clair: le risque zéro n’existe nulle part. On peut par contre se responsabiliser, comprendre et gérer une bonne partie de ces risques. Selon moi, l’achat de sperme anonyme aux États-Unis comporte beaucoup plus de risques que de demander à un ami de confiance de contribuer à un projet parental.

Au niveau des maladies, bien qu’on teste les fournisseurs de gamètes pour plusieurs problèmes de santé, nous dépendons de l’état actuel de la science. Quand moi j’ai été conçue, en 1983, il n’était pas possible de passer un test de dépistage pour le VIH. Quand le test est devenu disponible, quelques années après, ma mère a demandé à ce qu’on l’informe à savoir si les géniteurs qui avaient été utilisés pour concevoir ses enfants avaient été testés. Devant l’impossibilité de l’hôpital à retracer les deux hommes, elle s’est résolue à passer le test elle-même. Heureusement, c’était négatif. Par contre, si jamais elle voulait donner du sang, il lui serait impossible de répondre honnêtement à la question « Avez-vous eu des relations sexuelles avec une personne dont vous ne connaissez pas le passé sexuel? ».

On croit à tort que l’état actuel des connaissances nous permet de déceler toutes les maladies du monde et de les prévenir. Ce n’est vraiment pas le cas. Plusieurs maladies comportant une composante héréditaire ne sont pas encore identifiables car on n’a pas fini de comprendre parfaitement le génome humain. Pour cela, on dépend totalement de l’historique familiale. Or, c’est une donnée qui évolue. On peut développer un cancer du côlon (ce cancer a une très grande composante héréditaire sans qu’on sache exactement où se situent les gènes qui en sont responsables) après avoir fait un don de sperme. On peut être porteur d’un gène récessif sans en être conscient. Et malgré tout, quoi qu’on vous disent, les banques de sperme ne testent pas absolument tout. Après tout, il n’y a aucune autorité qui vérifie la validité des informations qu’elles donnent, et il n’y a aucun suivi des enfants qui sont conçus avec les gamètes qu’elles vendent.

D’un point de vue strictement sanitaire, j’aurais plus tendance à faire confiance en mon meilleur ami qui accepterait de me fournir de son sperme qu’en une clinique à but lucratif qui s’approvisionne dans un pays étranger. Je ne dis pas de prendre le premier Bozo qui offre son précieux nectar « gratuitement » sur Craigslist. Je serais malgré tout probablement grandement rassurée de savoir que mes parents ont rencontré et se sont entendus clairement avec mon géniteur plutôt que de s’être fiés à ce qu’un médecin leur a dit…

En ce qui concerne les complications juridiques liées aux droits parentaux, je suis toujours étonnée de voir que les mêmes médecins qui prônent l’anonymat des donneurs pour ces raisons n’hésitent pas à pratiquer des fécondations in vitro pour des mères porteuses. Au Québec, en ce qui concerne la gestation pour autrui, il est bien clair que ces contrats sont « nuls de nullité absolue ». Le risque de complications juridiques à ce niveau-là est énorme, et malgré tout, les médecins de la clinique OVO n’ont pas hésité à pratiquer une FIV (non médicalement requise et payée par l’État) pour les enfants de Joël Legendre. Or, dans le cas du don de sperme, la loi est beaucoup plus claire. S’il n’y a pas de relation sexuelle, il est très difficile de réclamer des droits parentaux pour un « donneur » de sperme. D’un point de vue juridique, la paternité repose sur un acte de foi. Si une femme mariée donne naissance à un enfant, le second parent sera automatiquement la personne avec qui elle est mariée, qu’il s’agisse d’un homme ou d’une femme. De plus, si un parent biologique veut réclamer des droits parentaux, il doit faire la preuve qu’il s’est impliqué auprès de l’enfant en tant que parent ou qu’il faisait partie du projet parental initial. Dans tous les cas, pour le don de sperme, un bon contrat suffit à limiter les risques de complications juridiques.

Nul besoin selon moi pour un couple de lesbiennes ou pour une femme seule de passer par les cliniques de fertilité pour avoir des enfants. Si j’étais dans cette situation, je fuirais les « fertologues » comme la peste! Je considère d’ailleurs qu’ils on fait suffisamment d’argent sur mon dos, et qu’ils n’ont pas eu mon bien-être très à cœur, à moi et à tous mes « frères et sœurs » conçus par leurs « bon soins ».

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Soyons des bébés rentables!

Montée de lait en cette journée de la St-Jean-Baptiste: je suis tombée sur cette chronique de Rima Elkouri dans La Presse. C’est une histoire qui ne m’étonne pas une seconde, qui doit arriver plus souvent qu’on ne le pense. Une femme qui a des problèmes de santé mentale à qui on fait croire que le fait d’avoir un enfant va guérir sa dépression; qu’il suffit qu’elle arrête de prendre sa médication pour ne pas interférer avec les traitements de fertilité. Beau plan! Pour une clinique de fertilité privée, c’est une mine d’or ce genre de cliente; on sait qu’elle est désespérée, qu’elle ira jusqu’au bout, et même un peu plus loin. Là où il y a du désespoir, il y a de l’argent à faire. C’est plate, mais c’est ça.

Ma mère aussi a arrêté de prendre sa médication juste avant d’aller se faire inséminer. Le traitement de son infertilité a pris comme une tournure de traitement de sa dépression. Et elle m’a souvent dit qu’elle a souffert en arrêtant sa médication, mais que c’était une concession qu’elle était prête à faire pour le bien de son enfant. Je suis quand même reconnaissante qu’elle ait choisi de ne pas bousiller mon cerveau en développement avec les anti-dépresseurs qui étaient prescrits au début des années 80.

Seulement, on le sait très bien, avoir un enfant, ça ne guérit pas une dépression. C’est même un facteur de risque pour en déclencher une. Passé l’euphorie du premier test de grossesse positif, la vie reprend son cours, avec quelques éléments de stress en plus. L’inévitable est arrivé, ma mère a été hospitalisée en psychiatrie plusieurs longues périodes au cours de ma vie. À une certaine époque, il a même été question de me placer en famille d’accueil temporairement.

Avant d’entreprendre des traitements de fertilité, on a recommandé à mes parents de rencontrer une psychologue. Celle qui s’occupait des couples infertiles était enceinte de 8 mois à ce moment-là. Ma mère lui aurait arraché la face tellement elle était à bout de nerfs, et je la comprends. Mettons que c’est un manque de délicatesse de la part de la clinique de fertilité; quand on est désespéré pour avoir un enfant, on tolère moins les bedaines qui veulent nous faire la morale. Du reste, je ne pense pas qu’une rencontre avec un psy ou un travailleur social aurait influencé leur décision.

Par ailleurs, je suis convaincue qu’aujourd’hui, même si une rencontre avec un psy est obligatoire lorsqu’on envisage une insémination avec l’apport d’une tierce partie, je ne pense pas qu’il s’agisse d’une évaluation des capacités parentales. Si les parents sont jugés « potentiellement inaptes », on ne leur refuse pas les traitements; ce n’est pas dans le mandat des cliniques de faire des évaluations psycho-sociales. Ce n’est pas non plus dans leur mandat de les supporter psychologiquement si ça tourne mal. Leur mandat, c’est de mettre un bébé dans leur ventre. C’est une mission d’entreprise. Une entreprise à but lucratif, faut-il le rappeler.

La réponse qu’on a donné à Marie dans l’article, on me l’a servie à moi quand j’ai rencontré la travailleuse sociale de la clinique de planning locale: « On a changé nos façon de faire maintenant! ». J’ai pourtant l’impression que peu importe le protocole, tant que les cliniques auront le profit en tête avant tout, on va mal faire. Les cliniques s’en foutent royalement de la douleur des couples infertiles, elles carburent à ça. Elles se foutent encore plus de ce qu’il adviendra des enfants qu’elles produisent. D’ici quelques années, on pourra toujours s’excuser en disant qu’on a changé notre protocole…

Le discours du Dr Jacques Kadoch dans l’article montrent bien son manque d’humanité. Nous, les enfants de la procréation assistée, nous ne sommes que des colonnes de chiffres. Nous sommes son fonds de pension. Nous sommes créés pour être des « bons deals », parce qu’on va rapporter à la société avec nos taxes et nos impôts. On va travailler toute notre vie à payer notre dette existentielle supérieure. Peut-être qu’on ne devrait pas avoir droit à l’assurance-emploi et à l’aide sociale tant qu’à faire, juste pour s’assurer qu’on soit rentables? Peut-être qu’on devrait payer une contribution spéciale pour remercier les contribuables de nous avoir donné la vie?

C’est certain qu’avec un raisonnement de la sorte, on ne doit pas offrir des services de support psychologiques aux couples infertiles; il faut concevoir des bébés rentables! Les psys, ça coute trop cher; et on ne peut pas se permettre de perdre un seul client, surtout si le client en question est au désespoir et a l’esprit embrouillé par une maladie mentale non-traitée; il sera plus facile à manipuler.

De tels propos mériteraient selon moi un sérieux blâme à la clinique OVO. Comme par hasard, c’est dans cette clinique qu’il n’y a pas d’attente. Comme par hasard, c’est là qu’on accepte de faire tous les traitements les plus controversés. Comme par hasard, c’est celle qui réalise le plus grand nombre d’interventions au Québec. Cette clinique agit en toute légalité, certes, mais en terme d’éthique, on repassera. Dommage qu’un boycott ne soit pas envisageable étant donné que les couples infertiles ont tellement de difficultés à obtenir des traitements ici…

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