Archives de Tag: Association des Couples Infertiles du Québec

Le far west au Québec

Je n’ai pas encore écrit sur le projet de loi 20 qui n’est aujourd’hui plus un projet. Désormais, la fécondation in vitro ne sera plus remboursée par l’assurance maladie du Québec (et plein d’autres choses bien plus graves encore sont passées dans cette loi, mais ce n’est pas le sujet de ce blogue). Plusieurs couples infertiles pleurent de voir s’envoler leur dernière chance d’être parents biologiques. Moi ce qui m’attriste dans tout cela, c’est qu’on ne se préoccupe à peu près pas des conséquences sur les enfants que des couples finiront par avoir. Quand le désir d’enfant est aussi fort, il arrive qu’on fasse des trucs pas trop catholiques pour en venir à nos fins. Je crains plusieurs dérives suite à l’adoption de cette loi.

Tourisme procréatif

C’est l’option la plus accessible pour bien des couples de la classe moyenne. Il existe des cliniques au Mexique où on peut acheter un forfait fiv tout inclus. Vous allez passer une semaine dans le sud et vous revenez enceinte. Le problème? Il n’y a aucun contrôle. On pourrait mélanger vos embryons avec ceux du couple voisin de votre chambre d’hôtel. On vous proposera des vous implanter 2-3-4 embryons pour « maximiser » vos chances. Vous pourriez choisir le sexe de vos enfants avant qu’on ne vous les mette dans le ventre. Et si ça ne fonctionne pas, on vous trouve une mère porteuse dans le bidonville le plus proche. Pas de trouble! On va le régler votre problème…

Hausse des IAD

L’autre option qui s’offrira aux couples infertiles moins nantis sera l’insémination artificielle avec donneur. Au Québec, on fait ça au plus cheap. Donneur anonyme seulement. On achète carrément les fonds de tank des banques de sperme des États-Unis. Un vrai deal! Aucune préoccupation pour les enfants ainsi conçus. On vous rempli le ventre, pis arrangez-vous avec vos troubles après.

Les rumeurs disent qu’il faudra désormais payer pour les paillettes de sperme. On offrira probablement aux couples, pour un pas très léger supplément, d’acheter du sperme de donneur identifié plutôt qu’anonyme. Très mince consolation si c’est le cas…

En gros, on privatise tout, et on déroule le tapis rouge pour une industrie qui est proche de vendre des humains. Je suis dégoutée…encore plus que les couples qui crient qu’avoir un enfant est un droit.

Avec cette loi, les traitements de fertilité se feront ici comme aux États-Unis. Et là-bas, c’est le far west…

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Couples infertiles : le malaise qui empêche le compassion

Une maman filme son bambin en lui demandant de dire merci au programme de procréation assistée d’avoir permis sa naissance et en lui demandant « Es-tu heureuse d’être avec nous? ». Des photos d’enfants publiées quotidiennement avec la mention « je suis né grâce à la fiv ». Une pancarte posée sur une poussette vide dans une manifestation sur laquelle on peut lire « Les bébés éprouvette d’aujourd’hui sont les payeurs de taxes de demain ».

Suis-je la seule à éprouver un réel malaise face à ces « coups de pub » employés dans le but de faire reculer le Ministre de la Santé sur sa décision de ne plus financer les traitements de fécondation in vitro pour les couples infertiles québécois?

Depuis un moment, je suis l’Association des couples infertiles du Québec  (ACIQ) sur les réseaux sociaux et plusieurs fois, j’ai été en colère de lire certaines de leurs publications maladroites. Pourtant, je souhaite également que les traitements de fiv soient remboursés par l’assurance maladie, ne serait-ce que pour éviter que les couples infertiles choisissent l’insémination artificielle avec donneur anonyme pour donner naissance à un enfant. Pourquoi donc est-ce que je réagis si fort face à leurs revendications que j’appuie par ailleurs totalement?

Mon point de vue n’est que très peu présenté par les médias. On croit à tort que les enfants de la procréation assistée n’ont pas d’opinion sur la question, ou que leur opinion est nécessairement la même que celle de leur parents.Or, nous sommes des êtres distincts, et notre expérience de l’infertilité diffère de celle de nos parents. Les couples infertiles qui choisissent les traitements de fertilité sont les principaux acteurs dans leur vie, nous, nous subissons les conséquences des décisions prises pour nous. Nous sommes devant le fait accompli, et nous vivons avec, peu importe.

Certains d’entre nous vont effectivement se ranger derrière leurs parents. Que ce soit par réelle compassion ou par peur du rejet, cette position est légitime. Mais d’autres, comme moi, auront aussi un point de vue différent, tout aussi légitime.

Je suis très mal à l’aise de voir qu’on nous attribue d’office le point de vue de nos parents avant même notre naissance. Qu’on fasse de nous des objets à brandir pour une cause qu’on ne comprend pas encore, aussi noble soit-elle. Ce qui bloque ma compassion face à la cause des couples infertiles, c’est l’instrumentalisation des enfants qu’ils réussissent à concevoir.

Je sais que la bataille de l’opinion publique n’est pas facile à gagner. Mais l’utilisation d’enfants-soldats, ce n’est pas acceptable. Attendez donc qu’on soit en âge de voter avant de nous envoyer au front…

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Payer ou ne pas payer, telle est la question!

J’attendais avec impatience cet automne la décision du gouvernement par rapport au maintien ou non et aux modifications du programme québécois de procréation assistée. On commence à en avoir des échos, et là, je me dis qu’il serait temps que je fasse le point sur mon opinion à ce sujet. Rappelons que le Commissaire à la Santé et au Bien-Être a tenu une consultation publique l’an dernier et son rapport est sorti cet été. Dans son rapport, le CSBE considérait que le programme n’était ni viable d’un point de vue économique, ni socialement acceptable dans sa forme actuelle. Il proposait donc plusieurs modifications, certaines très intéressantes, d’autres assez controversées, afin d’améliorer la situation.

Le Ministre de la Santé, Gaétan Barrette, avait laissé toutes ses options ouvertes: de l’abolition totale du programme (fort peu probable selon moi, après tout l’argent qui a été investi pour offrir des services de fécondation in vitro dans les hôpitaux publics) à la tarification des services selon le revenu des utilisateurs. C’est cette dernière option qui semble avoir été retenue selon ce qu’on lit dans les médias en ce moment.

Je suis rassurée que le programme ne soit pas totalement abandonné parce que je suis absolument contre l’abolition de ce programme. Pas pour des raisons financières, pas parce que je suis sensible à la cause des couples infertiles, non; parce que je pense à ce que ça aura comme effet sur les générations futures de personnes nées de la procréation assistée. J’ai très peur des dérives qui viennent inévitablement avec la marchandisation du corps humain, de la vie, de la conception. Je ne suis pas devenue une activiste pro-vie, loin de là. Je pense simplement que de réserver l’accès aux services de procréation assistée à ceux qui ont les moyens de payer créera inévitablement des problèmes pour ceux qui n’ont pas les moyens mais qui veulent désespérément avoir des enfants, et bien entendu, leurs enfants en souffriront beaucoup plus. Lorsque l’avortement n’est pas accessible dans une société, c’est là qu’on a des histoires sordides de broches à tricoter ou de cintres en métal. Lorsque la procréation assistée n’est pas disponible, certaines personnes vont se tourner vers des solution douteuses également. Le tourisme procréatif par exemple: ça coute beaucoup moins cher d’aller se faire faire une FIV au Mexique ou d’y engager une mère porteuse, on ne s’enfarge pas dans les fleurs du tapis avec la réglementation, on veut croire que c’est sécuritaire. Même ici, on risque de proposer des services à rabais pour ceux qui ne veulent pas payer. Trop cher la FIV? On va vous faire une insémination avec un donneur anonyme pas cher (un fond de tank d’une banque de sperme américaine, un homme « fiable » qui a payé la bière bue pendant ses études en engendrant une centaine d’enfants de par le monde).

L’un des arguments qui a été avancé lors de la mise en place du programme était la réduction des grossesses multiples découlant de la FIV. En effet, lorsqu’on paie plusieurs milliers de dollars pour une FIV, on veut être certains que ça fonctionne du premier coup, et tant qu’à faire, compléter notre famille plus rapidement à coup de 2 ou 3 bébés. Cela a bien entendu un effet sur le nombre de grossesses « à risque » qui devront être prises en charge par le système de santé publique, mais augmente aussi le risque de complications qui peuvent avoir des conséquences graves sur les enfants qui naitront de ces interventions. On s’est dit que si c’était le gouvernement qui payait, qu’on aurait le droit de dire aux médecins qu’ils n’avaient pas le droit d’en implanter plus d’un à la fois. On n’a pas vraiment financé le programme avec ça pour plusieurs raisons vraiment prévisibles, mais on a quand même réduit le nombre de grossesses multiples associées aux transferts d’embryons multiples. Et ça, ça m’intéresse…

Si le gouvernement paie pour les traitements de fertilité, il se donne le droit de réglementer. Si on maintient le programme de procréation assistée au Québec, on aura le droit d’imposer une réglementation qui le rendra plus socialement acceptable. Les descendants de la procréation assistée ne sont pas encore assez nombreux à prendre la parole; pour l’instant, on n’entend que les couples infertiles (et une couple de chiâleux qui ne veulent pas payer). Cependant, je pense que plus on sortira de l’ombre, plus notre point de vue pourra être pris en considération, au même titre que celui des couples infertiles qui oublient parfois que leur enfant si chèrement payé, si durement gagné, deviendra un adulte capable de réfléchir pour lui-même à un moment donné, et capable de se rendre compte que ce programme le concerne beaucoup plus que ses parents en réalité. On pourra faire comprendre au monde que l’anonymat des fournisseurs de gamètes est nocif et dangereux, que le secret pourrit nos relations familiales, et que les médecins en fertilité et les banques de gamètes utilisent notre désespoir pour se remplir les poches.

J’espère que dans sa réforme du programme de procréation assistée, le Dr Barrette tiendra compte des recommandations du CSBE, particulièrement celles qui ne visent pas nécessairement à diminuer les couts du programme. Du reste, Monsieur le Ministre, j’aimerais bien ça vous rencontrer un de ces jours…

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Maudite dette existentielle

Au début de l’été, dans la foulée du dépôt du rapport du CSBE réclamant entre autres plus de balises pour le programme québécois de procréation assistée, le Ministre de la Santé Gaétan Barrette a laissé entendre que d’importants changements pourraient être apportés au programme, voire même qu’il pourrait être abandonné. Il n’en fallait pas moins pour que les cliniques de fertilité, les « fertologues » ainsi que l’Association des Couples infertiles du Québec (ACIQ) montent aux barricades. Je soupçonne aussi les autres groupes qui pouvaient bénéficier du programme (les couples homosexuels et les mères célibataires par choix, notamment) de préparer des sorties publiques pour défendre les acquis de la loi 26. Évidemment, dans ce débat, les personnes issues de la procréation assistée brillent par leur absence. Aucune association ne nous représente, personne ne semble s’intéresser à notre point de vue.

Je ne peux pas représenter à moi seule toutes les personnes issues de la procréation assistée au Québec. Je peux affirmer toutefois que nous existons, et que bien que nous soyons souvent silencieux, cela ne veut pas dire que nous n’ayons rien à dire. De plus, j’apprécierais vraiment que l’argumentaire utilisé de part et d’autre fasse preuve d’un plus grand respect pour nous.

Bien que les dépassements de couts (PRÉVISIBLES) du programme soient la raison principale de cette remise en question, il est primordial de cesser d’employer un discours objectivant les enfants nés des différentes interventions médicales utilisées pour pallier l’infertilité. Je lis régulièrement des témoignages où on utilise l’argument de « l’enfant qui grandira et deviendra travailleur et payeur de taxes » pour justifier l’investissement du gouvernement dans la procréation médicalement assistée. On a même osé nous qualifier « d’investissement rentable » ou de « bon deal » dans certains articles.

Je suis profondément blessée et insultée lorsque je réalise que cet argumentaire est utilisé par des parents qui ont bénéficié du programme. Ce n’est pas parce que ce gouvernement vous traite comme des numéros que vous devez traiter vos enfants comme des objets ou les présenter comme tels. Ayez un minimum de décence dans vos propos, je vous en prie!

Cet argument implique que les personnes dont la conception a couté de l’argent et des efforts supplémentaires ont une dette existentielle supérieure aux autres. Cela ferait de nous des citoyens de seconde classe dont la mission est déterminée d’abord et avant tout par nos « créateurs »; nous serions des êtres passifs qui devraient se soumettre à la volonté de ceux qui ont daigné leur donner la vie.

Pourquoi dois-je réclamer le droit d’exister, de penser, de m’exprimer librement? Pourquoi est-ce que toute ma vie on tente de m’imposer le point de vue de mes parents, des médecins qui m’ont conçue, de ceux qui ont payé pour que je naisse? Bien que j’aie été conçue de manière non traditionnelle, je suis une personne à part entière, égale aux autres humains que je côtoie. J’ai beau être le produit d’une industrie, j’ai beau avoir été sélectionnée comme un animal d’élevage, j’estime que j’ai le droit de jouir de ma dignité humaine, peu importe combien j’ai couté au système, à mes parents ou à qui que ce soit d’autre.

Je suis prête à respecter le point de vue des différents intervenants dans le débat sur le programme québécois de procréation assistée. Par contre, je n’accepte pas qu’on me traite, moi et toutes les personnes qui ont été conçues comme moi, comme des objets ou comme des êtres inférieurs qui doivent leur cul à tout le monde dès la naissance…

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Classé dans Montée de lait, Opinion