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Quand tu auras des enfants, tu comprendras…

Combien de fois on me la fait celle-là?

Parler ouvertement de sa conception avec l’apport d’une tierce partie, ça semble être un grand tabou dans notre société. On me dit souvent que je manque de respect envers mes parents, que je dois don ben faire de la peine à mon père, que je suis une stupide enfant gâtée…mais surtout, que je ne peux pas comprendre. Vraiment, il semblerait que parce que je dénonce une injustice en mon nom, que je sois complètement incapable d’empathie et de compassion envers mes propres parents, envers les couples infertiles, envers les personnes homosexuelles, et envers les femmes célibataires qui en ont marre d’attendre après le « bon » gars.

Tout d’abord, y a-t-il quelqu’un qui peut avoir un peu d’empathie pour moi? Je veux dire, ok, toutes les personnes mentionnées plus haut ont leurs associations, leurs lobbies auprès des gouvernements, des gens haut-placés qui veillent à leurs intérêts. Nous, on n’a rien. Pas de poids politique, pas de voix, pas de moyens pour faire valoir notre point de vue. Quand on commence à se plaindre, on nous envoie chez le psy. Merci bonsoir! Comme si le fait de vouloir connaitre notre propre histoire, c’était une grave déviance, quelque chose de problématique, voire même d’inhumain.

Il y a une grande part d’infantilisation dans le commentaire « Quand tu auras des enfants, tu comprendras ». On suppose toujours que je suis une gamine, parce que tsé, après tout, je suis un « bébé »-éprouvette. Ben imaginez-vous donc que j’ai non seulement passé la trentaine, mais j’ai aussi commis l’odieux de me reproduire (de la manière la plus conventionnelle qui soit). Que non, ça n’a pas été facile, que cet enfant-là, il s’est fait attendre. Que j’ai contemplé pendant un temps l’option d’avoir une vie sans enfants, que j’ai même pris des informations sur l’adoption. Mais contrairement à ce que vous semblez croire, cette expérience m’a rendu très empathique… envers mon propre enfant (et ceux que j’aurai peut-être un jour),et non envers mes parents.

Je ne comprends pas comment on peut mentir de la sorte à la chair de sa chair, ou comment on peut en cacher autant au sang de son sang. Je ne comprends pas comment je pourrais couper le lien biologique qui unit mon enfant au reste de l’humanité juste parce que ça me convient mieux de cette manière. Je ne peux pas concevoir de lui laisser une page blanche là où je devrais lui donner le plus d’information possible. Je ne voudrais jamais créer un vide dans la vie de cette personne que j’aime tant dans le but de combler un vide dans ma propre vie.

Alors à tous ceux qui me lancent que je ne peux pas comprendre, je leur relance la même affirmation avec une p’tite twist: vous ne voulez pas comprendre.

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Classé dans Montée de lait, Témoignages

Génération silencieuse

Après avoir appris que j’avais été conçue avec les gamètes d’un étranger, un sentiment de grande solitude m’a envahi. J’avais le désir de me révolter, mais en même temps, je me sentais tellement impuissante. Pour mon entourage, c’était un problème d’enfant gâtée; n’avais-je pas eu tout ce dont j’avais besoin? J’avais l’impression que tout cela ne concernait que moi, que j’étais une mauvaise fille d’avoir un problème avec ma conception, de vouloir m’y opposer. Je devais garder le secret; pour ne pas traumatiser mon frère (qui l’a appris un an plus tard), pour préserver l’honneur de mon père social, pour ne pas faire de peine à ma mère. Jamais il ne m’a effleuré l’esprit qu’il était possible que je ne sois pas seule à vivre une situation similaire.

J’ai joué le jeu pendant des années, je me suis forgé une carapace, j’ai mis en pratique plein de mécanismes de défense. Pour ne pas que ça me revienne en pleine face un jour, je me suis juré de ne jamais avoir d’enfant, de ne pas me marier, de rester une femme forte, seule devant l’adversité, de ne faire confiance en personne. J’évitais de créer des liens trop profonds avec les gens, car l’attachement sous-entendait toujours une certaine forme de responsabilité et menait souvent à la trahison. À chaque fois que je vivais quelque chose d’heureux, je me préparais à en faire le deuil. Rien n’est éternel, pas même la vérité. Et dire que mes parents avaient préféré ne pas adopter entre autre par crainte d’avoir à gérer un enfant avec un trouble de l’attachement…

J’ai grandi, j’ai fini par affronter mes démons. L’avènement d’internet m’a permis d’entrer en contact avec d’autres personnes qui avaient vécu une situation similaire; pour une fois, je n’étais plus seule. Il y a réellement une communauté internationale de personnes issues de la reproduction avec l’apport d’une tierce partie. Dans plusieurs pays, il y a des groupes de support, des associations qui militent pour l’accès aux origines. Il y a aussi des guerriers solitaires qui prennent leur destin en main, parlent ouvertement, donnent des conférences… Malgré certaines divergences d’opinion et d’évidentes différences dans les cultures, ce réseau en développement est un véritable support pour quiconque y cherche un peu de réconfort, des appuis, une oreille attentive. C’est une source d’énergie lorsqu’on choisit de s’engager pour faire changer les choses. C’est en partie ce qui me motive aujourd’hui à prendre la parole, ce qui me conforte dans mes choix.

Mais voilà, au Québec, je n’ai encore trouvé aucune autre personne issue de « don » de gamètes. Pourtant, je suis certaine que je ne suis pas la seule; mes parents n’ont certainement pas été les seuls à utiliser les services de fertilité de l’hôpital St-Luc dans les années 80. Je sais aussi qu’il y avait des cliniques de fertilité dans plusieurs hôpitaux universitaires à l’époque, et de nombreux gynécologues offraient aussi de tels services. Pourquoi est-ce qu’aucune des personnes conçues « artificiellement » ici n’a ressenti le besoin de prendre la parole?

J’en vois déjà me dire que s’ils ne parlent pas, c’est seulement qu’ils sont parfaitement heureux avec leur situation, que je fais partie d’une « minorité bruyante ». Attendez, il y a plusieurs raisons qui peuvent nous inciter à rester dans le placard.

Je suis récemment tombée sur un article de blogue d’une personne adoptée qui tente d’expliquer pourquoi si peu d’adoptés parlent des problématiques qu’ils vivent sur la place publique. Un parallèle peut être fait avec les personnes issues de la reproduction avec l’apport d’une tierce partie. L’auteure distingue 5 catégories d’adoptés qui tendent à rester silencieux: celui qui est encore à un stade précoce d’acceptation de son adoption, l’adopté « loyal », celui qui a peur du rejet, celui qui refuse de se définir uniquement en tant qu’adopté, et finalement, l’activiste brulé qui a assez donné. Je crois sincèrement qu’on retrouve ces 5 catégories de personnes issues de « dons » de gamètes. Seulement, dans notre cas, j’en ajouterais une autre: celui qui ne sait pas la vérité sur sa conception.

Au Québec, on ne sait pas à quel point les enfants qui ont été conçus avec les gamètes d’un étranger sont informés de la chose. Il parait qu’on conseille aux parents intentionnels de le dire à leur enfant, mais on ne sait pas si c’est ce qu’ils font réellement, et je ne sais pas depuis quand ce conseil est donné. En France, certaines études estiment qu’environ 85 % des personnes issues de don de sperme ne sont pas au courant de ce fait. Bien qu’une majorité de parents intentionnels affirment qu’ils souhaitent révéler la vérité à l’enfant qu’ils s’apprêtent à concevoir, près de 60 % finissent par ne rien dire. L’infertilité masculine étant souvent associée à tort à l’impuissance, cela reste un tabou que bien des familles ne brisent pas. Les statistiques seraient sans doute différentes si on incluait les enfants de couples homosexuels à qui on ment beaucoup moins pour des raisons évidentes. Néanmoins, l’accès des homosexuels à la procréation assistée est un fait très récent dans notre histoire (de même que les mères célibataires « par choix », bien que certaines cliniques privées canadiennes acceptaient vraisemblablement d’inséminer des femmes seules dès les années 80).

Combien sommes-nous de personnes issues de l’insémination artificielle avec l’apport d’un étranger au Québec? C’est une donnée qu’on ignore totalement. Depuis que des traitements de fertilité (et pas seulement les FIV) sont dispensés dans nos hôpitaux, on ne sait pas combien d’enfants sont nés à la suite de ces traitements. C’est un secret d’État, doublé souvent d’un secret de famille, qui baigne dans la honte et le désir d’oublier.

Ce n’est pas étonnant que personne au Québec ne prenne la parole. Sur le nombre total (inconnu) de personnes issues de gamètes étrangères, plus des trois-quarts ne doivent pas le savoir. Ceux qui restent sont encouragés à se taire pour préserver la « paix des familles », et les cliniques savent bien que ce serait mauvais pour leur chiffre d’affaire s’ils parlaient. On ne veut pas de nous dans le décor. L’hostilité à laquelle on doit faire face lorsqu’on prend la parole (Consultes donc un psy au lieu d’embêter tout le monde avec tes problèmes!) ne nous aide pas à prendre notre destin en main…

Nous sommes une génération silencieuse, gardée dans la peur et l’ignorance. Si on est si peu présents sur la place publique, ce n’est jamais parce qu’on est contents de cette situation, quoi qu’on en dise.

Et dites-vous bien qu’il est possible que vous soyez, vous aussi, une personne issue de la reproduction avec l’apport d’une tierce partie. Mais vous ne le saurez jamais!

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Je hais la fête des pères.

Je n’aime pas non plus la fête des mères. Pour moi, c’est une invention pour nous faire acheter des fleurs, des certificats-cadeau de chez Canadian Tire pis d’autres cossins à nos parents. À mon sens, ça profite plus aux commerçants qu’aux supposés principaux intéressés. Si t’oublies cette fête-là, t’es automatiquement une fille ingrate. Il faut au moins que tu donnes un coup de téléphone pour éviter d’être déshéritée.

La fête des père, ça me rend confuse à chaque année. Je me force à téléphoner à mon père social à qui je n’ai rien de vraiment intéressant à dire, je fais abstraction de tout ce qui cloche dans notre relation et je joue le jeu pendant un bon 15 minutes de malaise. Impossible pour mon père d’aborder le sujet de ma conception; il ne semble pas avoir digéré son infertilité, il veut encore faire comme si de rien n’était. Pour lui, si je ne l’avais jamais appris, ce serait vraiment mieux; il voudrait sans doute vivre sa paternité hors-norme dans la honte et le secret.

J’ai aussi une pensée pour mon père biologique; et je me demande s’il se doute de mon existence, si ça lui importe un peu. Je me demande s’il est intéressé à me connaitre autant que je le suis. Je songe un instant à savoir si je devrais éprouver de la reconnaissance pour lui, puis je me dis que seuls mes parents devraient être reconnaissants pour son geste. C’est le « donneur » de mes parents; à moi, il n’a rien donné.

Finalement, je suis amère autant par rapport à mon père social qu’à mon père biologique. Je hais la fête des pères, c’est inventé pour me tourmenter.

J’imagine qu’il y a d’autres personnes pour qui la fête des pères évoque un malaise; certains adoptés, ceux qui ont été élevés dans des familles reconstituées, ceux qui ont vécu l’inceste ou qui n’ont pas connu leur père pour diverses raisons… Ces personnes-là sont généralement silencieuses le jour de la fête des pères. Il ne faut pas gâcher le fun de tous ceux qui ne se peuvent plus de reconnaissance pour leur géniteur et qui ont enfin une journée pour l’exprimer.

Cette année, je n’échappe pas au malaise, mais j’ai choisi de l’assumer. Je ne ferai pas semblant de déborder de reconnaissance envers mes deux pères. Je ne prendrai pas le téléphone pour jouer le rôle de la fille parfaite. Je me fais des galettes aux fraises et j’apprécie l’été qui commence. J’évite de lire les circulaires; demain, ce sera terminé. On remplacera les trucs de la fête des pères sur les tablettes des magasins par ceux de la St-Jean-Baptiste, puis, de la fête du Canada. Et j’aurai la paix avec ça jusqu’à l’an prochain.

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Fille ingrate recherche géniteur

Quand ma mère m’a annoncé que j’avais été conçue par insémination artificielle, la première chose que j’ai voulu savoir était l’identité de mon géniteur. « C’est impossible » qu’elle m’a dit. Même l’hôpital n’est plus au courant. C’est un donneur anonyme. J’ai demandé combien elle avait payé pour avoir le sperme d’un autre homme. Elle m’a dit qu’elle n’avait pas payé, que le sperme était un « médicament contre l’infertilité », tout comme l’insémination était un « traitement contre l’infertilité de mon père ». J’avais du mal à comprendre. On n’avait pas guéri l’infertilité de personne, et il fallait être naïf pour croire qu’utiliser les gamètes d’une tierce personne pourrait subitement réhabiliter les gamètes de mon père.

J’ai voulu savoir comment ça s’était passé. J’ai alors su que mon géniteur s’était masturbé pour donner son sperme. Ayant été élevée dans une morale catholique rigide où la masturbation était répréhensible, je trouvais ça illogique de penser que mes parents avaient cautionné ça. J’étais dégoutée. Et pourquoi? Qu’est-ce qui l’avait poussé à poser ce geste? Par altruisme, pour aider un couple infertile. Surtout pas dans le but de me mettre au monde, non, dans le but d’aider mes parents à avoir un enfant. Tu parles d’un altruisme!

Je me suis demandé (et je me demande encore aujourd’hui) si cet homme sait que je suis au monde. A-t-il voulu ma venue? A-t-il peur que je le trouve? Quelles étaient ses vraies raisons? Est-il encore en vie? Pense-t-il à moi quelques fois? Voudrait-il savoir que je suis là?

Je trouvais ça tellement difficile de ne pas savoir. Qu’est-ce que j’ai comme bagage génétique, d’où est-ce que je viens réellement? Toutes ces incertitudes provoquaient chez moi un grand sentiment de solitude. Partout, j’étais incomprise. Pour la plupart des gens à qui j’en ai parlé, c’était normal de ne pas connaitre l’identité d’un donneur anonyme. Je devais remercier le ciel d’être en vie et ne pas poser plus de questions.

Toutes ces questions sont viscérales. Je n’ai jamais pu m’empêcher de les poser. Et chaque fois que je me demandais quelque chose à propos de mon père biologique, je ressentais une grande culpabilité. J’étais coupable d’ingratitude.

C’est en lisant des blogues de personnes adoptées que j’ai fini par comprendre que j’étais normale. Dans leurs écrits, je me retrouvais, je me sentais moins seule. Et petit à petit, grâce à la magie d’internet, j’ai trouvé d’autres personnes comme moi, qui vivent une réalité tellement « nouvelle » qu’on n’a pas encore inventé de mot pour la désigner. On appelle ça comment une personne issue d’un don de gamètes? J’ai vu des acronymes, des discussions en anglais sur les termes à utiliser, mais il n’y a pas de consensus. Moi, j’aime le terme procréé; c’est ce que je me suis inventé comme mot pour raccourcir les discussions avec moi-même…

J’ai aussi découvert qu’il existe des registres pour rechercher ses origines. Opérés en majorité aux États-Unis, ceux-ci permettent de mettre en contact les procréés et leurs géniteurs consentants. Et il y a plus: les tests génétiques. Certaines compagnies états-uniennes proposent d’aider à réaliser son arbre généalogique avec un simple échantillon d’ADN. C’est presque épeurant, mais en même temps, ça ouvre plein de portes.

Cette semaine, j’ai commandé un test de l’une de ces compagnies. Je suis vraiment excitée, et en même temps, je n’ai pas beaucoup d’attentes… Mais qui sait, peut-être que j’ai un cousin quelque part qui a décidé de faire le test? Peut-être arriverai-je à trouver des demi-frères/demi-sœurs? Peut-être que par déduction, l’homme-mystère sera démasqué? J’ai en moi une partie de la réponse: 50 % de mon code génétique est de lui. La recherche ne fait que commencer…

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Mon témoignage

Ce printemps, le Commissaire à la santé et au bien-être a reçu le mandat de mener une consultation publique sur les activités de procréation assistée au Québec. L’appel de mémoires et de témoignages n’a pas été beaucoup publicisé, mais j’ai quand même eu la chance de présenter mon point de vue. Je mets ici le texte de mon témoignage…

Témoignage présenté dans le cadre de la consultation publique sur les activités de procréation assistée au Québec
Je suis reconnaissante de pouvoir apporter mon témoignage dans cette consultation publique. La procréation assistée, je suis tombée dedans quand j’étais petite. Ce n’est pas de ma faute, mais je dois apprendre à vivre avec au quotidien. J’espère que ma voix permettra d’ouvrir le débat sur les enjeux éthiques reliés à ce programme.
La genèse d’une vie
Il y a un peu plus de 30 ans, un jeune couple au début de la trentaine recevait un diagnostic d’infertilité. Incapables d’accepter de passer leur vie sans enfants, ils se sont tournés vers la science pour remédier à la situation. Dans les années 1980, il était déjà possible de recevoir certains traitements contre l’infertilité couverts par la RAMQ dans les hôpitaux québécois. C’est ainsi qu’avec l’aide d’une équipe médicale et l’apport d’un homme anonyme qui a fait « don » de son sperme, je suis venue au monde.
Je n’ai rien su de cette histoire avant l’âge de 12 ans. À l’époque, on avait conseillé à mes parents de garder le secret. Pourtant, d’aussi loin que je me souvienne, j’ai eu la sensation très nette d’être différente. Peut-être était-ce dans la tension que la crise de l’infertilité avait créée entre mes parents, dans le malaise caché derrière ce mensonge qu’ils devaient vivre au quotidien ou dans la pression que j’avais sur les épaules pour que je concrétise pleinement leur désir d’enfant. Toujours est-il qu’il y avait quelque chose de malsain dans ma famille.
Sur le plan physique, je me suis très bien développée. Mes parents veillaient à ce que je reçoive tout ce dont j’avais besoin. À l’école, j’étais une élève modèle, je réussissais très bien. Cependant, vers l’âge de 8 ans, j’ai commencé à faire de l’insomnie et des cauchemars. Le problème est devenu si préoccupant pour mes parents qu’ils m’ont fait rencontrer des spécialistes. Ceux-ci auraient conseillé à mes parents de me révéler la vérité sur mes origines, ce qu’ils n’ont pas fait.
L’année suivante, la tension entre mes parents était devenue si grande qu’ils se sont séparés. Ce fut un divorce pénible pour toute la famille. Ma mère et mon père communiquaient par lettres d’avocats, mon frère et moi avons subi plusieurs évaluations psychologiques. Nous avons été victimes d’aliénation parentale, et sans réellement comprendre pourquoi, je me sentais responsable de tout ce qui arrivait. Je n’ai compris que plus tard que l’infertilité était à la source de leur mésentente, et ça m’a pris encore plus de temps pour croire que je n’avais rien à voir là-dedans.
Ma mère m’a révélé le secret de ma conception après que j’aie eu mes premières règles. J’avais 12 ans.
Le choc initial
Cette révélation a été un choc qui m’a précipitée dans une grande détresse psychologique. Au-delà de la perte de confiance que j’ai eue envers mes parents, il s’est développé chez moi une grande méfiance envers le corps médical, et envers tous les intervenants qui avaient contribué à garder le secret. J’avais le sentiment que personne ne pouvait comprendre ce que je vivais. La plupart des personnes en qui j’ai pu tenter de me confier n’étaient pas en mesure de m’aider à faire la part des choses dans la tempête qui rageait au fond de moi. Je me sentais comme un objet de consommation dont l’unique mission sur Terre était de combler le désir d’enfant de mes parents.
Dès que ma mère m’a annoncé la vérité, elle s’est empressée de me dire que mon géniteur était anonyme, qu’il n’y avait aucun moyen pour moi de savoir qui il était. Plusieurs questions m’ont traversé l’esprit et sont restées sans réponses : Qui était-il? Qu’est-ce qui l’a poussé à vendre son sperme? Est-ce que j’ai des demi-frères et des demi-sœurs? Était-il en santé? Quel bagage génétique est-ce que je transporte?
Toutes ces questions et plusieurs autres sont restées sans réponses. Dès que je les posais, on me répétait grosso-modo que je devais la vie à cette personne, et que je serais bien ingrate envers mes parents de vouloir en savoir plus. C’est comme ça un point c’est tout, et tant pis si je n’étais pas d’accord, je n’étais pas au monde quand ça s’est décidé. Tous ceux à qui j’en ai parlé étaient beaucoup plus sensibles au désir d’enfant de mes parents qu’à mon besoin de connaitre mes origines. Par peur de décevoir, j’ai cessé de poser des questions et j’ai ravalé mon désir de connaitre mon mystérieux géniteur.
J’ai eu la chance de ne manquer de rien pendant mon enfance. Mon père ne ratait pas une occasion de nous faire savoir à moi et à mon frère qu’il nous aimait plus que tout. Par contre, ma mère souffrait de graves problèmes de santé mentale, problèmes qui étaient connus avant ma conception. Jamais on ne lui a fait savoir que son état de santé pourrait sérieusement affecter ses capacités parentales. Certains lui ont même fait croire que le fait d’avoir un enfant réglerait tout, ce qui n’était pas sans mettre de pression sur mes épaules, même inconsciemment. Ses nombreuses hospitalisations en psychiatrie m’ont laissé de profondes cicatrices.
Conséquences à long terme
En grandissant, je ne pouvais m’empêcher de chercher des traits familiers dans les visages inconnus que je croisais. À chaque relation amoureuse, j’avais un doute sur la possibilité que je sois en train de faire la cour à un demi-frère ou à un cousin. Il y avait toujours ce moment où je devais « avouer » ne pas connaitre mon géniteur, suivi d’un examen détaillé de l’arbre généalogique de la belle-famille pour vérifier les possibilités d’avoir un vendeur de sperme dans la famille immédiate de mon prétendant. Si ça peut paraitre mignon comme démarche, sachez que ça peut couper l’envie à plusieurs…et que c’est très lourd à porter.
Dès 14 ans, j’attendais avec impatience le moment où je pourrais me faire faire une hystérectomie, histoire de ne pas perpétuer le bordel génétique que je croyais être. Je ne voulais pas me reproduire, j’avais honte de ce que j’étais, de ce que mes parents avaient fait pour me mettre au monde.
Les crises existentielles se sont succédé tout au long de mon adolescence, sans que j’arrive à trouver de l’aide. J’ai développé une faible estime de moi-même, j’avais l’impression que je n’avais pas ma place dans le monde. Lorsque quelqu’un me rappelait que sans mon géniteur, je ne serais pas au monde, je croyais sincèrement que ça aurait été mieux comme ça. N’étant plus une enfant, je pensais que j’avais accompli mon seul rôle ici-bas, être la fille de mes parents, combler leur désir d’enfant. Je voulais mourir.
À 17 ans, j’ai attenté à mes jours. J’étais psychologiquement dans un état lamentable. Ce n’est qu’à ce moment que j’ai pu avoir de l’aide. Avec une bonne dose d’écoute et d’empathie, j’ai réussi à me refaire une santé et à reprendre gout à la vie. J’ai fait abstraction de mes crises identitaires et je suis devenue une adulte fonctionnelle.
Au quotidien
Aujourd’hui, je dois raconter mon histoire à chaque professionnel de la santé qui me demande mes antécédents familiaux. J’aimerais pouvoir faire des recherches pour savoir qui est mon géniteur, mais je n’ai pas accès au dossier médical de ma mère qui pourrait contenir des informations de base. Je voudrais savoir si j’ai des demi-frères ou demi-sœurs quelque part, mais on n’a gardé aucune trace dans les dossiers.
J’ai trouvé des groupes de personnes issues de « dons » de gamètes sur internet. J’ai suivi attentivement l’affaire Olivia Pratten. Je me suis perdue dans le dédale légal, administratif et judiciaire qui fait en sorte qu’on ne sait pas vraiment à qui s’adresser pour avoir des réponses. J’ai réalisé que je n’étais pas seule, mais en même temps, je n’ai encore trouvé aucune personne issue de « don » de gamètes au Québec. Je sais qu’il y en a d’autres, mais ils ignorent peut-être la vérité sur leurs origines, ou ils ont choisi de se taire après avoir frappé à trop de portes sans trouver de réponses.
Avoir ses propres enfants
Entre temps, j’ai rencontré un homme avec qui je suis tombée amoureuse (et avec qui je ne suis manifestement pas liée par le sang, quoiqu’on ne sait jamais…). Pour la première fois de ma vie, j’ai eu envie d’avoir des enfants avec quelqu’un. Alors j’ai cessé les anovulants et on a laissé la nature faire son œuvre.
Une année est passée sans que la cigogne ne vienne nous visiter. Je savais qu’il pourrait être difficile pour nous de concevoir un enfant pour diverses raisons. Je m’étais juré que je ne répéterais pas avec mes enfants les erreurs de mes parents. Cependant, je voulais savoir ce qui ne fonctionnait pas bien pour nous. J’ai donc appelé à la clinique de planning de l’hôpital régional pour prendre rendez-vous.
Il y avait une liste d’attente de 9 mois pour avoir un premier rendez-vous. J’étais prête à attendre. L’infirmière m’a mentionné à demi-mots que je pourrais aller directement au privé si je trouvais ça trop long. J’ai préféré attendre.
Quand notre tour est venu, j’étais rendue à fleur de peau. J’avais 28 ans, mon horloge biologique qui m’indiquait que c’était le temps et mes amies envoyaient leur plus vieux à la maternelle. J’avais envie d’avoir un enfant, certes, mais je voulais commencer par comprendre ce qui se passait; avoir un diagnostic.
Chaque test prenait une éternité, et chaque fois que je demandais dans combien de temps j’allais avoir les résultats, on me disait subtilement qu’étant donné que mon conjoint ne pouvait pas fournir d’échantillon de sperme, j’avais un billet gratuit pour la fécondation in vitro. On ne m’a pas prise au sérieux quand j’ai mentionné que je n’envisageais pas subir d’intervention, j’ai l’impression que le but de toute l’équipe soignante était de nous envoyer au plus vite dans une clinique de fertilité privée. Si j’avais été désespérée, j’y serais allée, alors qu’aucun diagnostic n’aurait encore été posé.
Mon expérience en tant que cliente du programme de procréation assistée n’est pas encore terminée. J’attends toujours un rendez-vous avec un spécialiste, un résultat d’examen, c’est presque devenu une farce. Par contre, je comprends les couples qui se lancent rapidement dans des procédures invasives et lourdes de conséquences. Ces personnes-là veulent arrêter de souffrir, et on leur fait croire que tout va s’arranger lorsqu’ils auront des enfants. On leur offre très peu de support psychologique dans la gestion de leur infertilité, on les traite de faibles s’ils choisissent de ne pas « aller jusqu’au bout », on ne leur parle pas d’alternatives aux procédures de procréation assistée.
Depuis que la RAMQ rembourse les procédures de fécondation in vitro, l’industrie de la fertilité fait des affaires d’or. Et elle tire profit de la souffrance des gens. Selon moi, il y a mieux à faire pour aider les couples infertiles que de leur mettre des bébés dans le ventre. Mais là n’est pas le but de mon intervention.
Droit à l’enfant vs droits de l’enfant né
Mon incursion dans le monde de l’infertilité m’a permis de traverser de « l’autre côté ». J’ai parlé avec la travailleuse sociale de la clinique du planning du traumatisme que j’avais vécu étant issue de procréation assistée. Ma douleur a été minimisée, ridiculisée. On a excusé mes parents, on m’a dit que les choses avaient bien changé. Désormais, on recommande aux parents qui ont recours à un « donneur » anonyme de le dire à leur enfant. Plus tôt. Et on croit que tout est dans la manière de le dire, que si l’enfant est averti correctement, il s’attachera très bien à ses parents. On ne se préoccupe pas du bien-être de cette personne en devenir, de la construction de son identité. Une petite rencontre avec une travailleuse sociale bien formée pour « expliquer » la procédure aux parents et le tour est joué. Une fois la maman enceinte, l’affaire est classée et on passe au suivant.
Pour une raison que je ne peux m’expliquer, on a choisi de ne rembourser que les procédures faites à partir de sperme anonyme. Il nait encore des enfants qui n’auront aucun moyen de connaitre leurs ancêtres, de répondre à des questions cruciales dans le développement de leur identité. Tout cela parce que supposément le sperme de « donneur » ouvert est plus cher. Je suis franchement outrée qu’on néglige le droit aux origines de certaines personnes pour une question strictement financière (d’ailleurs, pourquoi on parle d’argent alors qu’il est illégal de vendre son sperme au Canada?). Il y a là un débat qui doit être fait au Québec.
En tant que personne issue d’un géniteur anonyme, je voudrais avoir le droit de connaitre l’identité de ce dernier.
La raison la plus évidente est qu’il m’est impossible d’avoir la moindre information sur mon historique médical. On a beau tester les personnes qui souhaitent faire don de leurs gamètes, la médecine évolue constamment. Par exemple, en 1983, au moment où j’ai été conçue, il était impossible de passer un test de dépistage du VIH, le virus venait tout juste d’être identifié. Aujourd’hui, chaque fois que je rencontre un professionnel de la santé, je dois mentionner que je ne connais rien de mes antécédents familiaux du côté de mon père. Cela crée une certaine angoisse chez moi et me fait croire que je suis plus à risque pour beaucoup de problèmes ou de maladies ayant une composante génétique (cancer, maladies cardiaques, diabète, allergies, etc.). Je crains aussi de transmettre un problème génétique à mes propres enfants.
Comme je l’ai mentionné plus haut, ne pas connaitre mon géniteur me fait craindre d’avoir une relation amoureuse avec une personne qui m’est apparentée. Ce risque éthique ne s’applique pas uniquement à moi, mais aussi à mes enfants qui pourraient éventuellement nouer des liens avec des gens qui ont un lien de parenté plus grand qu’ils ne pourraient le croire. Le problème est d’ailleurs plus grave puisque beaucoup de personnes issues de géniteurs anonymes ne sont pas au courant de ce fait…
Par ailleurs, le fait de ne pas connaitre mon géniteur a nui et nui encore sérieusement à la construction de mon identité. Je ne cherche pas un père de remplacement, je souhaite seulement que cet inconnu qui est à l’origine de ma vie ait un nom et un visage pour moi. Pour l’instant, il s’agit d’une histoire un peu glauque de masturbation dans un isoloir en échange d’un « dédommagement ». L’entêtement des autorités concernées à ne pas me transmettre la moindre information  (le dossier contenant des informations non identifiantes est au nom de ma mère et je n’y ai pas accès) me fait craindre les pires dérives. J’ai lu des histoires sordides de gynécologue ayant inséminé des milliers de patientes avec son propre sperme, d’un « Starbuck » anonyme ayant engendré au-delà de 500 enfants, de sperme congelé d’un homme ayant subi des traitements de fertilité n’ayant jamais donné son accord pour qu’on l’utilise sur d’autres femmes que son épouse. Personne ne peut réellement me rassurer à ce niveau-là parce qu’aucun contrôle n’est effectué actuellement. Les circonstances ont miné ma confiance envers le personnel médical, particulièrement dans le domaine de la fertilité.
Attentes légitimes
Pour toutes ces raisons, je crois qu’il faut abandonner le don de gamètes anonyme au Québec, ou du moins, cesser de l’encourager. Des registres détaillés des interventions réalisées doivent être tenus par un organisme public indépendant des cliniques et les personnes issues de ces interventions doivent y avoir accès au moment où elles le souhaitent. Des mesures légales devraient aussi être prises pour protéger les donneurs d’éventuels recours indus.
Par ailleurs, le droit aux origines des personnes issues de la procréation assistée doit être reconnu au même titre qu’est reconnu celui des personnes adoptées. Ainsi, un registre volontaire provincial doit être créé afin de mettre en relation les personnes issues de la procréation assistée et les donneurs de gamètes.
Les autorités sanitaires devraient aussi développer des services particuliers pour appuyer les personnes qui vivent une réelle détresse lorsqu’elles apprennent qu’elles ont été conçues avec l’apport d’une tierce partie ou lorsqu’elles expérimentent une crise identitaire. Leur douleur ne doit pas être banalisée.
Les personnes qui utilisent le programme de procréation assistée doivent faire l’objet d’une évaluation de leurs compétences parentales. Sans faire une étude aussi exhaustive que celle effectuée en adoption, on devrait éviter de traiter en fertilité les familles à risque de maltraiter un enfant. Cela devrait s’appliquer autant pour les cliniques privées que pour le réseau public. L’intérêt de l’enfant à naitre doit avoir préséance sur le « droit à l’enfant ».
Un support psychosocial constant doit être apporté aux familles qui utilisent la procréation assistée, surtout après la naissance de l’enfant. L’infertilité est une grande épreuve pour un couple ou une personne, et on ne guérit pas la douleur en ayant un enfant. Une crise non résolue dans le couple en lien avec l’enfant peut causer une grande pression sur  lui et affecter son développement psychoaffectif. Les séquelles ne seront pas visibles immédiatement, mais elles seront là quand même.
Finalement, il est essentiel de réaliser des études longitudinales sur l’impact des différentes procédures de procréation assistée sur les familles impliquées. Les résultats devront être pris en compte lors de l’élaboration des prochaines politiques en la matière.

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Croire des histoires

Toute petite, j’ai demandé à ma mère: « Maman, d’où ils viennent les bébés? »

Ma mère n’a pas perdu son temps à me raconter une histoire de cigogne. Elle n’a pas parlé d’oiseaux, de fleurs et d’abeilles. Elle savait que c’était des conneries, et elle voulait que je lui fasse confiance, que je la croie. Alors elle m’a dit qu’il fallait un papa et une maman. Que quand un papa et une maman s’aimaient très fort, ils se mariaient, et ils pouvaient alors faire des bébés. Très simple comme explication, trop simple. Mais ça ne m’intéressait pas d’en savoir plus.

Plus tard, on m’a dit que j’allais avoir un petit frère ou une petite sœur. Il était dans le ventre de maman et tant qu’il ne sortirait pas de là, on l’appellerait « Fœtus ». Je trouvais que son nom était vraiment laid, et j’avais hâte qu’il vienne au monde pour qu’on puisse lui donner un vrai nom. Mais au fait, comment est-ce que Fœtus a fait pour entrer dans le ventre de maman? On m’a expliqué, mais je n’ai pas trop bien compris. Il y avait un sac à l’intérieur de maman, et papa y a mis quelque chose pour que ça devienne un bébé. Fœtus est finalement né et on a enfin pu lui donner un nom de garçon. J’étais satisfaite.

J’ai grandi. Petit à petit, on m’a donné des détails sur la manière dont les parents s’y prennent pour faire des enfants. On appelle ça « faire l’amour ». Ça veut donc dire qu’il faut s’aimer pour que ça marche. « Et être mariés » s’est empressée de rajouter ma mère, « parce que ton père et moi, nous croyons que le mariage, c’est important. ». Je ne comprenais pas trop bien pourquoi il fallait toujours qu’ils parlent de mariage. J’ai fini par déduire que les bébés pouvaient venir quand même si on n’était pas mariés, et que ça pouvait devenir un problème. Mais tout ça, c’était une question de valeurs finalement, ça veut dire qu’on peut y croire ou ne pas y croire. Un peu comme au père Noël ou à la virginité de Marie.

J’ai encore grandi. Il parait que c’était hallucinant combien je grandissais vite! Un jour, mes parents ont cessé de se parler gentiment. Ils étaient tellement méchants l’un envers l’autre qu’ils se sont séparés. Mon frère et moi, on a pris chacun notre bord, et on a essayé de survivre à la tempête du mieux qu’on a pu.

Un jour, exactement comme ma mère me l’avait prédit, j’ai eu mes premières règles. J’ai tenté de le cacher à tout le monde, spécialement à ma mère qui allait se faire un plaisir malsain de raconter à tout le monde que j’étais déjà devenue une femme (ouach!), mais un moment donné, ce n’était plus possible. Ah! le MALAISE!!! Je lui ai dit, de toute façon, je pouvais lui faire confiance, elle m’avait toujours expliqué les choses de la vie clairement.

C’est en prétextant que j’étais devenue grande (et que mon père n’était plus dans sa vie) qu’elle s’est permis de jeter mon monde par terre. « Faire l’amour », c’est de la foutaise, aussi ridicule que les fleurs et les abeilles. Neuf mois avant qu’on arrête de m’appeler Fœtus, il y a un homme que je n’ai pas le droit de connaitre qui s’est masturbé à l’hôpital un avant-midi. Ma mère est passée en après-midi, on lui a injecté le contenu du pot dans l’utérus, et deux semaines plus tard, elle « réussissait » son test de grossesse. Et vlan! dans la face de mon père.

Je savais depuis le tout début que les cigognes qui apportaient les bébés, c’était une histoire. J’aurais vraiment aimé y croire parce que c’était joli. Mais ce n’était pas vrai.

J’ai cru toute ma vie que je ressemblais à mon père parce que c’était lui qui m’avait mis dans le ventre de ma mère. J’ai aimé croire en cette histoire parce que c’était beau. J’aimerais y croire encore.

Je sais maintenant que mes parents m’ont créée en laboratoire. Je ne sais pas vraiment d’où je viens. Je ne saurai jamais complètement qui je suis. Je n’aime pas cette histoire. Et je ne peux plus croire personne.

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