Archives de Catégorie: Opinion

Des recommandations à géométrie variable

Ce matin, grosse nouvelle pour le monde de la procréation assistée : le Conseil du statut de la femme émet des recommandations par rapport à la gestation pour autrui. Le but de ces recommandations? Protéger les femmes et les enfants. Voilà, je me sens concernée!

Parmi les quinze recommandations, la première demande que le gouvernement provincial fasse pression sur le gouvernement fédéral afin de pouvoir efficacement contrer la maternité pour autrui et le don de gamètes sous leur forme commerciale. Yeah!

Une autre recommandation intéresante:

Qu’il soit obligatoire de déclarer au Directeur de l’état civil du Québec qu’un enfant est né d’une mère porteuse, que la conception de l’enfant ait résulté ou non d’une technique de procréation assistée. Qu’un registre des enfants nés d’une mère porteuse soit créé à partir de ces déclarations. Que le gouvernement évalue la possibilité de transmettre certaines des informations contenues dans ce registre aux enfants nés d’une mère porteuse.

Re-yeah!

Mais…ces recommandations, c’est seulement dans les cas des mères porteuses. Alors voici quelques réflexions que je me fais…

Dans la loi canadienne, la GPA et le don de gamète ne peuvent être rémunérés, mais ils peuvent être compensés. Le CSF semble au courant du fait que le prétexte de la compensation est largement utilisé dans le but de rémunérer les « donneurs ». Cela concerne également le don de sperme. Les compensations accordées aux donneurs sont très larges et me font douter sérieusement de la partie altruiste de l’affaire. De plus, en matière de don de sperme, les cliniques chargent pour les paillettes de sperme. Elles font un profit en agissant comme intermédiaire. Pourquoi est-ce que c’est correct dans le cas de gamètes masculines, mais pas dans le cas de gamètes féminines?

Aussi, si le Directeur de l’état civil doit transmettre l’information à l’enfant comme quoi il a été conçu avec l’apport d’une mère porteuse, pourquoi serait-ce différent si nous sommes conçus par don de gamètes? L’impact sur notre constitution est autant sinon plus important! Tsé, tant qu’à demander à ce que les certificats de naissance des personnes nées de mères porteuses réflètent la réalité, autant le faire pour tout le monde. Autrement, on viole la Charte des droits et libertés.

Oh! Et une dernière chose. Je trouve que l’emploi du terme « enfant » pour désigner les personnes nées par procréation assistée est maladroit. Cela m’étonne venant d’un organisme supposément féministe. Nous ne sommes pas des enfants, mais des personnes à part entière, nous grandissons, devenons majeurs, sommes aptes à la pensée critique, avons droit à nos opinions. Je suis bien contente qu’on se préoccupe de notre bien-être, mais de grâce, ne soyez pas aussi paternalistes…

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Le far west au Québec

Je n’ai pas encore écrit sur le projet de loi 20 qui n’est aujourd’hui plus un projet. Désormais, la fécondation in vitro ne sera plus remboursée par l’assurance maladie du Québec (et plein d’autres choses bien plus graves encore sont passées dans cette loi, mais ce n’est pas le sujet de ce blogue). Plusieurs couples infertiles pleurent de voir s’envoler leur dernière chance d’être parents biologiques. Moi ce qui m’attriste dans tout cela, c’est qu’on ne se préoccupe à peu près pas des conséquences sur les enfants que des couples finiront par avoir. Quand le désir d’enfant est aussi fort, il arrive qu’on fasse des trucs pas trop catholiques pour en venir à nos fins. Je crains plusieurs dérives suite à l’adoption de cette loi.

Tourisme procréatif

C’est l’option la plus accessible pour bien des couples de la classe moyenne. Il existe des cliniques au Mexique où on peut acheter un forfait fiv tout inclus. Vous allez passer une semaine dans le sud et vous revenez enceinte. Le problème? Il n’y a aucun contrôle. On pourrait mélanger vos embryons avec ceux du couple voisin de votre chambre d’hôtel. On vous proposera des vous implanter 2-3-4 embryons pour « maximiser » vos chances. Vous pourriez choisir le sexe de vos enfants avant qu’on ne vous les mette dans le ventre. Et si ça ne fonctionne pas, on vous trouve une mère porteuse dans le bidonville le plus proche. Pas de trouble! On va le régler votre problème…

Hausse des IAD

L’autre option qui s’offrira aux couples infertiles moins nantis sera l’insémination artificielle avec donneur. Au Québec, on fait ça au plus cheap. Donneur anonyme seulement. On achète carrément les fonds de tank des banques de sperme des États-Unis. Un vrai deal! Aucune préoccupation pour les enfants ainsi conçus. On vous rempli le ventre, pis arrangez-vous avec vos troubles après.

Les rumeurs disent qu’il faudra désormais payer pour les paillettes de sperme. On offrira probablement aux couples, pour un pas très léger supplément, d’acheter du sperme de donneur identifié plutôt qu’anonyme. Très mince consolation si c’est le cas…

En gros, on privatise tout, et on déroule le tapis rouge pour une industrie qui est proche de vendre des humains. Je suis dégoutée…encore plus que les couples qui crient qu’avoir un enfant est un droit.

Avec cette loi, les traitements de fertilité se feront ici comme aux États-Unis. Et là-bas, c’est le far west…

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Appeler un chat un chat!

Bien que les technologies de la reproduction ne datent pas d’hier, la langue n’a pas encore su s’adapter à cette réalité. Lorsqu’on parle de procréation assistée, on utilise généralement un vocabulaire truffé d’euphémismes qui peuvent devenir offensants pour certains. Il m’arrive de les utiliser, lorsque je n’ai pas de solution de rechange, ou juste pour faire plus court que la langue de bois. Dans ce cas-là, j’abuse des guillemets (ou des parenthèses). Désolée si ça peut devenir lourd à lire!

Voici donc quelques termes que je considère mal utilisés, imprécis ou simplement inappropriés. N’hésitez pas à commenter pour me faire part d’autres termes qui vous choquent parfois, j’ai l’intention de faire d’autres entrées de blogues sur ce sujet éventuellement.

Donneur

Le terme donneur introduit la notion de don. Or, actuellement, la majorité des « donneurs » de gamètes sont rémunérés, ce qui va un peu à l’encontre du terme. Même dans les pays où la loi interdit la rémunération des fournisseurs de gamètes (comme c’est le cas ici, au Canada), ces derniers ont droit à des « compensations » qui peuvent se faire sans présentation de factures et qui peuvent couvrir bien plus que le ticket de stationnement et le repas au restaurant. On voudrait bien croire qu’ils ne le font que par pur altruisme, ce n’est pas le cas. C’est financièrement intéressant de faire un don de sperme, même lorsqu’on n’est pas officiellement rémunéré.

Il faut aussi savoir que la majorité du sperme utilisé à l’heure actuelle par les cliniques de fertilité québécoises provient des banques de sperme étasuniennes. Parfois, c’est indirectement, par l’entremise d’une banque canadienne, mais les « donneurs » son bel et bien Étasuniens, et ils sont grassement payés pour leur « don ».

Par ailleurs, je suis aussi choquée lorsqu’on dit que l’homme qui a fourni les gamètes pour me donner la vie est mon donneur. À moi, il n’a rien donné. C’est le donneur de mes parents. Si son « don » a été fait dans un élan de générosité, celui-ci était dirigé envers mes parents et non envers moi. Si quelqu’un a une dette envers lui, ce sont mes parents, pas moi. Aussi bête que cela puisse paraître, je n’ai pas demandé à venir au monde.

Bébé-éprouvette

« Je suis un bébé éprouvette. » Au secondaire, je trouvais que ça faisait vraiment cool de dire ça. J’étais spéciale, ça faisait de moi un humain différent de tous les autres qui m’avaient précédée.

Mais j’ai grandi. Je me suis mise à détester la science, car je croyais que les scientifiques étaient des gens qui font des « découvertes » sans se soucier des sentiments des gens qui étaient impliqués dans leurs projets. J’étais Frankenstein. J’avais honte d’être un bébé-éprouvette.

Un bébé, c’est un être humain à la base. Ça devient un adulte. En me confinant au titre de bébé-éprouvette, on me confine au titre de mineur. Or j’ai 31 ans. Je ne suis plus un bébé, je peux prendre des décisions pour moi-même et je sais mieux que quiconque ce qui est bien pour moi.

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Vous avez dit des normes?

Quand je parle des dérives potentielles de la conception avec l’apport d’une tierce partie à des gens qui envisagent cette méthode pour devenir parents, on me dit souvent que les problèmes que je soulève sont inexistants, que tout cela est « très contrôlé » par des lois et des règlements, et qu’aucune clinique, aucun médecin ne risquerait son droit de pratique en y dérogeant. Regardons donc de plus près ce qui encadre le don de gamètes au Québec…

Il y a bel et bien une loi au Québec en matière de procréation assistée. Toutefois, cette loi n’indique pas de nombre maximum de descendances qu’un « donneur » peut engendrer. À ce titre, il n’y a que des guides de bonnes pratiques qui peuvent être appliquées, mais tout ceci est laissé à la discrétion des centres, et absolument rien n’est vérifié en matière de dons de gamètes.

À l’heure actuelle, il n’y a pas vraiment de banque de sperme québécoise. Certains centres disent en avoir, mais elles sont souvent très peu de « donneurs » et répondent à la demande en achetant de banques canadiennes ou étasuniennes (les banques canadiennes s’approvisionnent aussi souvent aux États-Unis). On se retrouve donc avec des « donneurs rémunérés », sélectionnés selon les normes et les lois en vigueur chez nos voisins du Sud; des paillettes congelées qui voyagent d’un centre à l’autre selon certains accords plus ou moins organisés et avec une traçabilité douteuse. Or, il n’y a pas de lois sur la procréation assistée au pays de l’oncle Sam. Certains états peuvent légiférer en la matière, mais grosso modo, c’est le far west.

L’American Society of Reproductive Medicine a bel et bien un « guide de bonnes pratiques » que chacun est libre de respecter ou pas. En termes de nombre de descendances possibles par « donneur », on recommanderait un maximum de 25 enfants par tranche de 800 000 de population. Pas si pire pourrait-on croire…

Cela signifie qu’au Québec seulement, un « donneur étasunien » pourrait avoir 255 enfants. On est loin des familles supposément nombreuses de nos arrières grand-mères! Et ce n’est pas tout; le même homme pourrait également avoir 258 enfants dans la ville de New-York, 425 en Ontario et 1198 en Californie. Tout cela en respectant un guide de « bonnes pratiques ».

Imaginez que vous réalisez un bon matin que vous êtes l’un de ces enfants…

Si notre province est si « en avance » avec son programme « gratuit » et « universel » de procréation assistée, pourquoi ne légifère-t-elle pas en la matière au lieu de laisser aller au gré des lois du marché un problème qui pourrait bien vite affecter la santé publique?

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Payer ou ne pas payer, telle est la question!

J’attendais avec impatience cet automne la décision du gouvernement par rapport au maintien ou non et aux modifications du programme québécois de procréation assistée. On commence à en avoir des échos, et là, je me dis qu’il serait temps que je fasse le point sur mon opinion à ce sujet. Rappelons que le Commissaire à la Santé et au Bien-Être a tenu une consultation publique l’an dernier et son rapport est sorti cet été. Dans son rapport, le CSBE considérait que le programme n’était ni viable d’un point de vue économique, ni socialement acceptable dans sa forme actuelle. Il proposait donc plusieurs modifications, certaines très intéressantes, d’autres assez controversées, afin d’améliorer la situation.

Le Ministre de la Santé, Gaétan Barrette, avait laissé toutes ses options ouvertes: de l’abolition totale du programme (fort peu probable selon moi, après tout l’argent qui a été investi pour offrir des services de fécondation in vitro dans les hôpitaux publics) à la tarification des services selon le revenu des utilisateurs. C’est cette dernière option qui semble avoir été retenue selon ce qu’on lit dans les médias en ce moment.

Je suis rassurée que le programme ne soit pas totalement abandonné parce que je suis absolument contre l’abolition de ce programme. Pas pour des raisons financières, pas parce que je suis sensible à la cause des couples infertiles, non; parce que je pense à ce que ça aura comme effet sur les générations futures de personnes nées de la procréation assistée. J’ai très peur des dérives qui viennent inévitablement avec la marchandisation du corps humain, de la vie, de la conception. Je ne suis pas devenue une activiste pro-vie, loin de là. Je pense simplement que de réserver l’accès aux services de procréation assistée à ceux qui ont les moyens de payer créera inévitablement des problèmes pour ceux qui n’ont pas les moyens mais qui veulent désespérément avoir des enfants, et bien entendu, leurs enfants en souffriront beaucoup plus. Lorsque l’avortement n’est pas accessible dans une société, c’est là qu’on a des histoires sordides de broches à tricoter ou de cintres en métal. Lorsque la procréation assistée n’est pas disponible, certaines personnes vont se tourner vers des solution douteuses également. Le tourisme procréatif par exemple: ça coute beaucoup moins cher d’aller se faire faire une FIV au Mexique ou d’y engager une mère porteuse, on ne s’enfarge pas dans les fleurs du tapis avec la réglementation, on veut croire que c’est sécuritaire. Même ici, on risque de proposer des services à rabais pour ceux qui ne veulent pas payer. Trop cher la FIV? On va vous faire une insémination avec un donneur anonyme pas cher (un fond de tank d’une banque de sperme américaine, un homme « fiable » qui a payé la bière bue pendant ses études en engendrant une centaine d’enfants de par le monde).

L’un des arguments qui a été avancé lors de la mise en place du programme était la réduction des grossesses multiples découlant de la FIV. En effet, lorsqu’on paie plusieurs milliers de dollars pour une FIV, on veut être certains que ça fonctionne du premier coup, et tant qu’à faire, compléter notre famille plus rapidement à coup de 2 ou 3 bébés. Cela a bien entendu un effet sur le nombre de grossesses « à risque » qui devront être prises en charge par le système de santé publique, mais augmente aussi le risque de complications qui peuvent avoir des conséquences graves sur les enfants qui naitront de ces interventions. On s’est dit que si c’était le gouvernement qui payait, qu’on aurait le droit de dire aux médecins qu’ils n’avaient pas le droit d’en implanter plus d’un à la fois. On n’a pas vraiment financé le programme avec ça pour plusieurs raisons vraiment prévisibles, mais on a quand même réduit le nombre de grossesses multiples associées aux transferts d’embryons multiples. Et ça, ça m’intéresse…

Si le gouvernement paie pour les traitements de fertilité, il se donne le droit de réglementer. Si on maintient le programme de procréation assistée au Québec, on aura le droit d’imposer une réglementation qui le rendra plus socialement acceptable. Les descendants de la procréation assistée ne sont pas encore assez nombreux à prendre la parole; pour l’instant, on n’entend que les couples infertiles (et une couple de chiâleux qui ne veulent pas payer). Cependant, je pense que plus on sortira de l’ombre, plus notre point de vue pourra être pris en considération, au même titre que celui des couples infertiles qui oublient parfois que leur enfant si chèrement payé, si durement gagné, deviendra un adulte capable de réfléchir pour lui-même à un moment donné, et capable de se rendre compte que ce programme le concerne beaucoup plus que ses parents en réalité. On pourra faire comprendre au monde que l’anonymat des fournisseurs de gamètes est nocif et dangereux, que le secret pourrit nos relations familiales, et que les médecins en fertilité et les banques de gamètes utilisent notre désespoir pour se remplir les poches.

J’espère que dans sa réforme du programme de procréation assistée, le Dr Barrette tiendra compte des recommandations du CSBE, particulièrement celles qui ne visent pas nécessairement à diminuer les couts du programme. Du reste, Monsieur le Ministre, j’aimerais bien ça vous rencontrer un de ces jours…

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Maudite dette existentielle

Au début de l’été, dans la foulée du dépôt du rapport du CSBE réclamant entre autres plus de balises pour le programme québécois de procréation assistée, le Ministre de la Santé Gaétan Barrette a laissé entendre que d’importants changements pourraient être apportés au programme, voire même qu’il pourrait être abandonné. Il n’en fallait pas moins pour que les cliniques de fertilité, les « fertologues » ainsi que l’Association des Couples infertiles du Québec (ACIQ) montent aux barricades. Je soupçonne aussi les autres groupes qui pouvaient bénéficier du programme (les couples homosexuels et les mères célibataires par choix, notamment) de préparer des sorties publiques pour défendre les acquis de la loi 26. Évidemment, dans ce débat, les personnes issues de la procréation assistée brillent par leur absence. Aucune association ne nous représente, personne ne semble s’intéresser à notre point de vue.

Je ne peux pas représenter à moi seule toutes les personnes issues de la procréation assistée au Québec. Je peux affirmer toutefois que nous existons, et que bien que nous soyons souvent silencieux, cela ne veut pas dire que nous n’ayons rien à dire. De plus, j’apprécierais vraiment que l’argumentaire utilisé de part et d’autre fasse preuve d’un plus grand respect pour nous.

Bien que les dépassements de couts (PRÉVISIBLES) du programme soient la raison principale de cette remise en question, il est primordial de cesser d’employer un discours objectivant les enfants nés des différentes interventions médicales utilisées pour pallier l’infertilité. Je lis régulièrement des témoignages où on utilise l’argument de « l’enfant qui grandira et deviendra travailleur et payeur de taxes » pour justifier l’investissement du gouvernement dans la procréation médicalement assistée. On a même osé nous qualifier « d’investissement rentable » ou de « bon deal » dans certains articles.

Je suis profondément blessée et insultée lorsque je réalise que cet argumentaire est utilisé par des parents qui ont bénéficié du programme. Ce n’est pas parce que ce gouvernement vous traite comme des numéros que vous devez traiter vos enfants comme des objets ou les présenter comme tels. Ayez un minimum de décence dans vos propos, je vous en prie!

Cet argument implique que les personnes dont la conception a couté de l’argent et des efforts supplémentaires ont une dette existentielle supérieure aux autres. Cela ferait de nous des citoyens de seconde classe dont la mission est déterminée d’abord et avant tout par nos « créateurs »; nous serions des êtres passifs qui devraient se soumettre à la volonté de ceux qui ont daigné leur donner la vie.

Pourquoi dois-je réclamer le droit d’exister, de penser, de m’exprimer librement? Pourquoi est-ce que toute ma vie on tente de m’imposer le point de vue de mes parents, des médecins qui m’ont conçue, de ceux qui ont payé pour que je naisse? Bien que j’aie été conçue de manière non traditionnelle, je suis une personne à part entière, égale aux autres humains que je côtoie. J’ai beau être le produit d’une industrie, j’ai beau avoir été sélectionnée comme un animal d’élevage, j’estime que j’ai le droit de jouir de ma dignité humaine, peu importe combien j’ai couté au système, à mes parents ou à qui que ce soit d’autre.

Je suis prête à respecter le point de vue des différents intervenants dans le débat sur le programme québécois de procréation assistée. Par contre, je n’accepte pas qu’on me traite, moi et toutes les personnes qui ont été conçues comme moi, comme des objets ou comme des êtres inférieurs qui doivent leur cul à tout le monde dès la naissance…

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Aux parents par « don » de gamètes

Contrairement à ce qu’on pourrait croire en lisant mes nombreuses montées de lait, je ne suis pas contre le traitement de l’infertilité, ni contre la procréation assistée. Je pense simplement que les choses pourraient être faites autrement, avec un plus grand respect pour les personnes qui seront ainsi conçues. Je crois aussi fermement qu’il faut qu’on en parle plus, qu’il faut démystifier la question, mieux informer les gens, faire preuve d’ouverture. La honte et le secret n’ont pas leur place dans ce débat; trop de gens restent dans le placard avec leurs idées bien arrêtées et manquent plusieurs opportunités d’évoluer, de se remettre en question, de grandir.

Je suis bien consciente que beaucoup de parents intentionnels continueront d’utiliser la reproduction avec l’apport d’une tierce partie pour concrétiser leur « projet parental ». Ce n’est pas un choix que je ferais personnellement, en toute connaissance de cause, mais je peux respecter ceux qui le feront.

Pour ceux qui choisiront d’utiliser les gamètes d’un étranger ou d’une étrangère pour concevoir leur enfant, pour ceux qui ont déjà fait ce choix, je tiens à soulever trois problèmes essentiels en lien avec cette pratique. Ce ne sont pas les seuls, mais comme point de départ, je crois que cette réflexion s’impose.

Le secret nuit à votre enfant et à l’adulte qu’il deviendra, de même qu’à votre famille

J’ai beaucoup de mal à concevoir qu’encore aujourd’hui, certains parents  par « don » de gamètes se demandent s’ils devraient dire la vérité à leur enfant au sujet de leur conception. C’est selon moi un manque total de respect envers lui que de lui cacher une information aussi cruciale qui le concerne directement. De toute manière, la vérité finit toujours par sortir, et pas toujours dans les meilleures circonstances: lors d’une chicane de famille, suite à un test médical ou par la bouche d’une matante en boisson, sans compter la sensibilité naturelle de certaines personnes qui vont ressentir que quelque chose ne tourne pas rond. J’ai pour ma part toujours eu la très nette impression d’aussi loin que je me souvienne, qu’il y avait quelque chose que tout le monde savait que moi je ne savais pas. Bien avant que je commence à me douter de quelque chose parce que j’étais la seule de ma famille à avoir un groupe sanguin A (tout le monde est O chez nous), bien avant que je réalise que mes yeux verts sortaient de nulle part, et bien avant que ma mère ne me dise la vérité alors que j’avais 12 ans, je me sentais étrangère dans ma propre famille.

Apprendre « sur le tard » qu’on n’est pas biologiquement lié à l’un de nos parents peut avoir des conséquences désastreuses non seulement sur le développement de notre identité, mais aussi sur la manière dont on entre en relation avec les autres humains, sur notre capacité à faire confiance, sur notre estime personnelle. Le premier lien de confiance qu’un enfant développe dans sa vie, c’est celui avec ses parents. De nombreuses études confirment l’importance de cet attachement. C’est extrêmement traumatisant d’apprendre que cette relation était basée sur un mensonge (ou sur une omission volontaire). Ça vient ébranler le fondement même de ce que l’on est, de ce que l’on croit être, de ce que l’on ne sait plus. On ne sait pas toujours qui sait, qui ne sait pas, qui l’acceptera et qui nous rejettera, à qui on peut faire confiance, à qui on peut se confier, qui risque de nous trahir encore… On peut choisir de faire comme si de rien n’était, de tout balayer sous le tapis, exactement comme c’était avant qu’on l’apprenne, mais ça nous rattrape un jour ou l’autre, et il faut finalement y faire face pour mieux l’assumer.

« Quand est-ce qu’on doit le dire? » me demanderez-vous. Tôt et souvent. Tôt comme dans in utero. Souvent comme à tous les jours (bon à un moment donné, ça devient acquis et on peut en parler seulement une fois par mois…). Il faut grandir avec cette vérité, qu’elle ne soit pas un tabou. Les couples infertiles doivent régler leurs bibittes avant de faire des enfants. Il faut que vous fassiez le deuil de votre fertilité, comme dans le cas de l’adoption. Il faut que ce soit acquis pour vous que votre enfant n’est pas lié génétiquement à l’un de vous, et que vous soyez prêts à ce que la vérité sorte devant tout le monde: le médecin comme la coiffeuse, l’éducatrice en garderie comme le concierge de l’immeuble. Soyez-en fiers, assumez le choix que vous avez fait. Le secret mène trop souvent à la honte, et vous ne voulez surtout pas que votre enfant ait honte d’exister.

Il n’est jamais trop tard pour être honnête envers votre enfant. Parfois, le manque d’information et d’accompagnement, le contexte social et culturel ou autre chose retiennent les parents. Néanmoins, je crois fermement que mieux vaut tard que jamais. J’en ai voulu à ma mère de m’avoir menti pendant 12 ans; mais je lui suis tellement reconnaissante d’avoir finalement reconnu que c’était plus sain pour moi que je sache la vérité. Je ne dis pas que ce sera facile, mais c’est un mal nécessaire. Avec un support psychologique adéquat, avec le temps, on gagne en maturité et on arrive à comprendre.

Et si le côté « psycho » n’est pas votre fort, sachez que pour des raisons médicales, c’est important qu’une personne soit au courant qu’elle est issue d’un « don » de gamètes. Le commun des mortels ne réalise pas combien de fois par année une personne se fait demander si elle a des antécédents de tel problème ou de telle maladie dans sa famille. Ce n’est pas tout le monde qui a accès à ces informations, j’en conviens. Je crois quand même qu’un « je ne sais pas » dans notre cas est plus approprié qu’un tissus de mensonges. Il y a aussi le risque de consanguinité lorsque vient le temps de fonder notre propre famille. Les banques de sperme vont vous dire que ce risque est presque nul, mais il est néanmoins plus grand que pour le reste de la population « normalement » conçue. Il y a des « guides de bonnes pratiques » en la matière, mais ils ne sont jamais suivis à la lettre, et même lorsqu’il y a de la réglementation, il n’y a aucune autorité qui effectue des vérifications et qui applique des sanctions. La consanguinité est gérée avec beaucoup plus de rigueur chez les bovins laitiers que chez les humains. Ce n’est pas très rassurant de se savoir issu d’insémination artificielle, mais en être conscient nous permet d’être plus vigilants…

L’anonymat est néfaste pour tout le monde

Je suis malheureusement bien consciente que le programme québécois de procréation assistée ne rembourse pas le sperme non-anonyme. Il faut savoir que le sperme actuellement utilisé au Québec provient majoritairement de banques étasuniennes (où aucun suivi ni aucune réglementation ne sont imposés et où les « donneurs » sont grassement rémunérés). Les parents qui pourraient être sensibles à la question sont fortement encouragés à utiliser du sperme anonyme, et la machine à désinformation au sujet des supposés dangers d’utiliser des gamètes non-anonymes fonctionne à plein régime. Pourtant, je suis convaincue qu’il est beaucoup plus sécuritaire d’utiliser du sperme de « donneur » ouvert, et je déplore le manque de vision à long terme des fonctionnaires qui ont décidé de faire des économies de bouts de chandelles en décidant de ne payer que pour le sperme anonyme.

Habituellement, les parents intentionnels souhaitent avant tout un enfant en santé. Le dossier médical des potentiels fournisseurs de gamètes doit donc être sans taches, ce que les cliniques s’empressent d’assurer à leurs clients, bien qu’ils n’ont pas fait les vérifications eux-mêmes. Or, les antécédents médicaux sur la fiche du « donneur », c’est une photo prise à une certaine époque, souvent quand la personne est encore relativement jeune et en santé. Après le « don » (ou plus exactement les « dons »), aucun suivi n’est effectué. Le fournisseur de gamètes pourrait bien développer une maladie héréditaire à l’âge de 40 ans qu’on n’en saurait absolument rien. Même s’il prenait la peine d’avertir la banque de sperme (ce qui est très improbable), celle-ci ne fera jamais l’effort de retracer tous les descendants pour les avertir, surtout si ceux-ci sont basés outre-mer. Des situations semblables se sont déjà produites, et de nombreuses personnes ne sauront jamais qu’elles sont porteuses d’une malformation cardiaque, qu’elles ont un risque accru de développer un cancer du côlon, ou qu’elles pourraient transmettre ces gènes à leurs enfants.

On suppose aussi que les potentiels « donneurs » sont honnêtes lorsqu’ils donnent leurs informations. Cependant, j’ai un doute sur l’honnêteté absolue d’une personne qui est rémunérée pour sa contribution (rappelons-nous que les « donneurs » proviennent des États-Unis où ils sont toujours rémunérés) et qui demande de rester anonyme pour toujours…

Au-delà des données de santé, il y a le risque de consanguinité dont j’ai brièvement parlé plus tôt. On nous dit que des normes sur le nombre de descendances par donneurs sont strictement appliquée, or, il n’y a aucune autorité indépendante qui effectue des vérifications. Chez nos voisins du Sud, lorsqu’une banque nous dit qu’on a assez donné, on peut aisément se tourner vers une autre banque pour « donner » à nouveau. Même ici, ce serait une possibilité, puisqu’il n’y a aucun fichier centralisé qui répertorie les donneurs (qui sans être rémunérés à proprement parler, sont assez bien dédommagés).

Mais supposons que je nage en pleine paranoïa et que tout ce beau monde est parfaitement honnête et agit uniquement par pur altruisme, avec une rigueur exemplaire dans l’application des normes (qui existent, là, on s’entend!). Il reste qu’une personne issue d’un géniteur prolifique a plus de chances de tomber sur une personne qui lui est apparentée qu’une personne qui a été conçue de la bonne vieille manière (et ça inclus les adoptés). On calcule les risques de consanguinité en ne considérant que les descendants directs, autrement dit, le risque d’inceste involontaire entre demi-frères/sœurs. Or, on évacue les probabilités qui existent entre cousins (et ces derniers ont encore moins de chance de savoir que leur oncle a été donneur de sperme à une certaine époque), ou entre les enfants des enfants issus d’un même géniteur. Le risque est d’autant plus élevé dans la population québécoise dite « pure laine » qui présente une diversité génétique très limitée comparativement à beaucoup d’autres populations du monde.

Vous me direz que de faire des enfants entre cousins, ce n’est pas si grave que ça, et je vous répondrai que j’éprouve quand même une certaine forme de dégout face à cette idée. Je ne suis peut-être juste pas encore « rendue là » dans mon ouverture d’esprit…

Il reste que de savoir le nom de mon géniteur me permettrait de limiter les risques de consanguinité pour moi (bon, je suis déjà en couple, le mal est peut-être fait!) et pour mes enfants.

Par ailleurs, je trouve dommage qu’on considère l’apport d’un « donneur » comme purement matériel. Lorsqu’une personne fournit les gamètes nécessaire au projet parental d’autrui, elle transmet la moitié de son code génétique à une autre personne. Elle fournit à sa progéniture l’un des deux liens qui l’unit biologiquement au reste de l’humanité, ce qui fait que Pinocchio deviendra un vrai petit garçon et non une marionnette sans vie remplie des désirs de son créateur. Pour moi, bien que cette personne ne soit pas mon père, elle a une importance capitale dans ma vie. Je souhaiterais pouvoir mettre un nom, un visage sur cette vague idée que je me fais d’elle. Autrement, je me sens « artificielle » et déconnectée.

Ce ne sont pas toutes les personnes issues de gamètes étrangères qui ressentiront le besoin de faire des recherches pour trouver l’identité de leur géniteur, cependant, c’est une marque de respect que de leur laisser cette possibilité, que ça leur appartienne. Pendant une grande partie de ma vie, je me suis convaincue que je n’avais pas besoin de cela. Puis, un jour, c’est devenu important, crucial, voire même viscéral. C’est comme cela, on ne peut pas savoir ce que l’on ressentira dans 20 ou 30 ans. Mieux vaut garder ses options ouvertes que de couper des ponts…

Les cliniques de fertilité ne sont pas des organismes de charité mais bien des entreprises à but lucratif…très lucratif!

Il n’y a pas de mal à vouloir gagner sa vie, à demander de se faire payer pour un service que l’on rend. Dans notre société, lorsque le gouvernement paie pour un service, on parle à tort de gratuité. Si quelqu’un t’achète une crème glacée, ta crème glacée n’est pas gratuite. Si collectivement on fait le choix de payer pour des soins de santé (ou pour l’éducation post-secondaire mettons), ça ne fait pas en sorte que ce soit « gratuit ». Les gens qui offriront le service en question seront évidemment payés pour le travail qu’ils feront. C’est un travail bien utile, ça aide des gens, mais ce n’est pas une œuvre de charité. Un urgentologue sauve peut-être des vies, mais il reçoit son chèque de paye en bout de ligne aussi (certains médecins sont motivés par leur altruisme et leur amour de l’humanité, mais d’autres le sont par leur chèque de paye). Même si le client ne le paie pas directement, il représente tout de même une source de revenus pour lui à chaque fois qu’il sort sa carte-soleil.

Les cliniques de fertilité ont toujours été des entreprises à but lucratif. Les gens qui les fréquentaient avant l’avènement de la « gratuité » savent bien combien il en coutait pour une fécondation in vitro ou une insémination artificielle. À partir du moment où la carte-soleil est devenue un « mode de paiement » accepté, on a arrêté de voir ce qu’il en coutait réellement. Il n’est reste pas moins que dans toute cette histoire, ce sont les médecins propriétaires des cliniques de fertilité qui ont fait de bonnes affaires…

Quand un parent intentionnel se présente en clinique de fertilité, c’est lui le client, c’est lui le patron. Le produit qu’il demande, quoi qu’on en dise, c’est un enfant; le produit qu’on lui vend, quoi qu’on en dise, c’est un bébé. Ultimement. Personne ne veut subir des traitements de fertilité juste pour le fun de se mettre les pieds dans les étriers pour se faire jouer dans l’utérus avec des aiguilles longues de même, ou pour le trip de vivre les bouffées de chaleur, sautes d’humeur et autres joyeux symptômes associés à la prise d’hormones. Une fois qu’un enfant est conçu, les cliniques ne font pas de suivi. Elles n’ont aucun intérêt pour nous, les enfants de la procréation assistée. Après tout, elles nous ont conçus et vendus sans scrupules au plus offrant, comme on le fait pour des chiots d’animalerie.

On croit à tort que plus un enfant est désiré, plus il sera aimé de ses parents. On pense rarement qu’un enfant qui a été « obtenu » suite à de grands efforts (et à beaucoup d’argent) pourrait ressentir une certaine pression de la part de ses parents et/ou de la société. Or, aussi difficile qu’a pu être notre conception, on n’a pas demandé à venir au monde. Je dis souvent que si je n’étais jamais venue au monde, ça aurait causé plus de tort et de chagrin à mes parents qu’à moi (ceci dit, comme la majorité des gens, je suis très contente d’être en vie!). Ma vie a commencé après les démarches de mes parents, ce n’est pas moi qui ai mis du temps à venir…

Les cliniques n’ont pas intérêt à ce que les enfants de la procréation assistée donnent leur opinion sur le sujet. Cela risquerait de les forcer à mettre en place des programmes de suivi, des registres, à se soumettre à un contrôle extérieur. Les médecins de l’industrie de la fertilité ont un puissant lobby pour leur garantir toute liberté d’action et de contrôle. Les parents intentionnels ont peut-être un peu de poids dans la balance parce qu’ils représentent leur principale clientèle, mais les enfants qu’ils conçoivent sont une nuisance lorsqu’ils prennent leur destin en main. Les conseils donnés aux parents au moment de la conception ne visent pas à nous apporter un plus grand bien-être, mais plutôt à ce qu’on prenne conscience le plus tard possible (idéalement jamais) qu’il y a quelque chose qui cloche.

Vous devinerez que j’en veux beaucoup plus aux médecins qu’aux parents intentionnels qui sont souvent manipulés par eux. Je bouille chaque fois que j’entends un médecin dire que la levée de l’anonymat des « donneurs » mettrait les banques de sperme à sec (alors que ce n’est pas du tout ce qui est arrivé dans les nombreux pays qui ont fait ce choix, même lorsque la rémunération est interdite). Ma colère est encore plus intense lorsque des « fertologues » affirment que de concevoir un enfant artificiellement est rentable si on considère que ce dernier contribuera à la société en payant taxes et impôts au cours de sa vie (voir mon texte à ce sujet ici, j’en parle à la fin) . Ces arguments sont ensuite repris par les parents en mal d’enfants qui ne se rendent pas compte du mal que ces idées font.

Depuis que les dépassements de couts du programme de procréation assistée font les manchettes, je vois de plus en plus de commentaires disant que la procréation assistée coute trop cher aux contribuables. Je vois aussi de plus en plus de personnes réclamer le « droit à l’enfant » comme s’il s’agissait du salaire minimum, d’un « service essentiel ». Est-ce qu’on se rend compte à quel point ce type de discours objective l’enfant?

Je n’aime pas être considérée comme un produit de consommation. Je n’ai rien à voir avec les difficultés à concevoir de mes parents, je n’ai pas à porter le poids de leur souffrance et de leurs efforts. Oui, j’ai été « produite » en laboratoire, je ne serais pas là si ça n’avait pas eu lieu et je n’étais pas là quand ça s’est fait. Ceci dit, maintenant que je suis au monde, je n’appartiens à personne, et j’ai le droit de penser toute seule, d’exprimer ce que je ressens ou de me révolter indépendamment de ce que ça peut faire à mes parents. Je n’ai pas à être reconnaissante envers les personnes qui m’ont conçue, elles l’ont fait pour elles, pas pour moi. Mes parents pour avoir le bonheur d’avoir un enfant, les médecins pour faire leurs versements d’hypothèque de chalet. Même le « donneur » a été grassement dédommagé pour sa contribution. Je suis le produit d’une industrie, et ça ne me plait absolument pas, peu importe comment on retourne la question.

Soyez l’allié de votre enfant!

Avant de prendre votre décision, prenez le temps de consulter des personnes qui n’ont pas d’intérêt dans votre projet parental. Trouvez des adultes issus de « dons » de gamètes, lisez leurs blogues (et aussi ce post, tant qu’à y être!). Considérez que l’opinion de votre enfant ne sera pas la même que la vôtre, car son point de vue est totalement différent, et acceptez-le tel qu’il sera, tel qu’il évoluera. Assumez ce que vous faites, acceptez de vous remettre en question dans vos convictions profondes, plusieurs fois. Supportez votre enfant, éveillez sa curiosité, soyez sensible à ce qu’il ressent et fournissez-lui une aide extérieure à vous s’il en ressent le besoin.

Vous pourrez être un excellent parent, j’en suis convaincue, mais personne n’est parfait!

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Faut-il vraiment tout médicaliser?

J’ai dans mon cercle d’amis quelques couples homosexuels qui souhaitent avoir des enfants. Plusieurs savent à quel point ma conception par un géniteur anonyme m’a amené de nombreux questionnements, à quel point j’en ai voulu à mes parents à divers stades de ma vie et pour différentes raisons, et c’est ce qui les amène parfois à me parler de leur projet et à me demander ce que j’en pense.

Je me suis souvent posé la question à savoir si j’utiliserais moi-même du sperme étranger si j’étais en couple avec une autre femme et qu’on avait le projet de mettre un enfant au monde. À chaque fois, j’en suis venue à la conclusion que je ne pouvais pas créer un vide dans la vie d’une personne dans le but de combler le mien. Priver une personne de ses origines, c’est injuste, et je ne ferais pas cela à mes propres enfants. J’ai aussi souvent songé à l’adoption, et j’ai réalisé que parfois, surtout dans le cas de l’adoption internationale, ça revient à priver l’enfant de ses origines également, et que certaines pratiques dans certains pays se rapprochent même de la traite de personnes. Reste l’adoption locale, régulière ou banque mixte, qui est selon moi beaucoup plus en accord avec mes principes, même si c’est un parcours du combattant. Disons que c’est un chemin différent vers la parentalité, et qu’il faut choisir ce chemin selon nos valeurs, en acceptant ce qui est tel que c’est. Je comprends que ce n’est pas pour tout le monde.

Il y a aussi le choix de vivre sans enfants. Depuis toujours, je suis convaincue qu’une personne n’a pas absolument besoin d’avoir des enfants pour s’accomplir, pour laisser une marque positive dans la société, pour qu’on se souvienne d’elle. J’ai eu plusieurs modèles dans la vie qui n’étaient pas parents, et qui m’ont grandement influencée.

C’est normal et naturel de vouloir fonder une famille; je peux le comprendre. On a beaucoup de pression sociale pour cela. Je soupçonne d’ailleurs la fameuse horloge biologique de n’avoir rien de biologique, mais d’être une pure construction sociale. Si un jour je retourne à l’université, ce serait un des sujets que j’aimerais explorer…

Je ne peux pas me mettre la tête dans le sable; la reproduction avec l’apport d’une tierce partie est là pour rester. Il y a toujours des gens qui vont choisir cette option-là. Je reste tout de même convaincue qu’on peut faire les choses avec un plus grand respect des personnes directement concernées.

Je suis particulièrement dérangée par la place que prennent les médecins dans la vie des gens. On place ces personnes sur un piédestal alors qu’ils ne sont que des humains comme vous et moi. Ce sont en quelque sorte les nouveaux « curés de paroisse » qui se mêlent des parties les plus intimes de la vie des gens. Et comme partout, il y en a qui ont de meilleures intentions que d’autres. Un médecin qui est propriétaire d’une clinique de fertilité privée fera tout pour vendre ses services. Depuis que le gouvernement rembourse tous les traitements de fertilité qu’un médecin veut bien recommander, ils font des affaires d’or. C’est un peu comme si les médecins étaient aussi pharmaciens et vendaient les médicaments qu’ils prescrivent. En fertilité, dans les cliniques privées, on vous propose tout de suite le traitement le plus couteux (et souvent le plus invasif), même si un traitement moins onéreux est envisageable. Les clients ne s’en plaignent pas; ils sortent la carte soleil et n’osent pas contester l’autorité du médecin.

Pourtant, je suis convaincue qu’on n’a pas besoin de tout médicaliser. Si on utilisait la FIV pour de réelles indications médicales, bien diagnostiquées, on pourrait limiter considérablement les couts du programme. Même chose pour l’insémination artificielle. D’ailleurs, nul besoin d’être médecin pour inséminer une femme qui n’a pas de problème de fertilité en soi; la plupart des foyers ont tout ce qui leur faut dans leur cuisine pour concevoir un enfant sans avoir de relation sexuelle… (Je le fais au quotidien avec mes vaches, mais ça, c’est une autre histoire!)

Les médecins des cliniques de fertilités nous mettent en garde: « C’est très risqué! Vous pourriez attraper plein de maladies transmises sexuellement. Et que dire des complications juridiques si le donneur réclame des droits parentaux? ». Mettons les choses au clair: le risque zéro n’existe nulle part. On peut par contre se responsabiliser, comprendre et gérer une bonne partie de ces risques. Selon moi, l’achat de sperme anonyme aux États-Unis comporte beaucoup plus de risques que de demander à un ami de confiance de contribuer à un projet parental.

Au niveau des maladies, bien qu’on teste les fournisseurs de gamètes pour plusieurs problèmes de santé, nous dépendons de l’état actuel de la science. Quand moi j’ai été conçue, en 1983, il n’était pas possible de passer un test de dépistage pour le VIH. Quand le test est devenu disponible, quelques années après, ma mère a demandé à ce qu’on l’informe à savoir si les géniteurs qui avaient été utilisés pour concevoir ses enfants avaient été testés. Devant l’impossibilité de l’hôpital à retracer les deux hommes, elle s’est résolue à passer le test elle-même. Heureusement, c’était négatif. Par contre, si jamais elle voulait donner du sang, il lui serait impossible de répondre honnêtement à la question « Avez-vous eu des relations sexuelles avec une personne dont vous ne connaissez pas le passé sexuel? ».

On croit à tort que l’état actuel des connaissances nous permet de déceler toutes les maladies du monde et de les prévenir. Ce n’est vraiment pas le cas. Plusieurs maladies comportant une composante héréditaire ne sont pas encore identifiables car on n’a pas fini de comprendre parfaitement le génome humain. Pour cela, on dépend totalement de l’historique familiale. Or, c’est une donnée qui évolue. On peut développer un cancer du côlon (ce cancer a une très grande composante héréditaire sans qu’on sache exactement où se situent les gènes qui en sont responsables) après avoir fait un don de sperme. On peut être porteur d’un gène récessif sans en être conscient. Et malgré tout, quoi qu’on vous disent, les banques de sperme ne testent pas absolument tout. Après tout, il n’y a aucune autorité qui vérifie la validité des informations qu’elles donnent, et il n’y a aucun suivi des enfants qui sont conçus avec les gamètes qu’elles vendent.

D’un point de vue strictement sanitaire, j’aurais plus tendance à faire confiance en mon meilleur ami qui accepterait de me fournir de son sperme qu’en une clinique à but lucratif qui s’approvisionne dans un pays étranger. Je ne dis pas de prendre le premier Bozo qui offre son précieux nectar « gratuitement » sur Craigslist. Je serais malgré tout probablement grandement rassurée de savoir que mes parents ont rencontré et se sont entendus clairement avec mon géniteur plutôt que de s’être fiés à ce qu’un médecin leur a dit…

En ce qui concerne les complications juridiques liées aux droits parentaux, je suis toujours étonnée de voir que les mêmes médecins qui prônent l’anonymat des donneurs pour ces raisons n’hésitent pas à pratiquer des fécondations in vitro pour des mères porteuses. Au Québec, en ce qui concerne la gestation pour autrui, il est bien clair que ces contrats sont « nuls de nullité absolue ». Le risque de complications juridiques à ce niveau-là est énorme, et malgré tout, les médecins de la clinique OVO n’ont pas hésité à pratiquer une FIV (non médicalement requise et payée par l’État) pour les enfants de Joël Legendre. Or, dans le cas du don de sperme, la loi est beaucoup plus claire. S’il n’y a pas de relation sexuelle, il est très difficile de réclamer des droits parentaux pour un « donneur » de sperme. D’un point de vue juridique, la paternité repose sur un acte de foi. Si une femme mariée donne naissance à un enfant, le second parent sera automatiquement la personne avec qui elle est mariée, qu’il s’agisse d’un homme ou d’une femme. De plus, si un parent biologique veut réclamer des droits parentaux, il doit faire la preuve qu’il s’est impliqué auprès de l’enfant en tant que parent ou qu’il faisait partie du projet parental initial. Dans tous les cas, pour le don de sperme, un bon contrat suffit à limiter les risques de complications juridiques.

Nul besoin selon moi pour un couple de lesbiennes ou pour une femme seule de passer par les cliniques de fertilité pour avoir des enfants. Si j’étais dans cette situation, je fuirais les « fertologues » comme la peste! Je considère d’ailleurs qu’ils on fait suffisamment d’argent sur mon dos, et qu’ils n’ont pas eu mon bien-être très à cœur, à moi et à tous mes « frères et sœurs » conçus par leurs « bon soins ».

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Soyons des bébés rentables!

Montée de lait en cette journée de la St-Jean-Baptiste: je suis tombée sur cette chronique de Rima Elkouri dans La Presse. C’est une histoire qui ne m’étonne pas une seconde, qui doit arriver plus souvent qu’on ne le pense. Une femme qui a des problèmes de santé mentale à qui on fait croire que le fait d’avoir un enfant va guérir sa dépression; qu’il suffit qu’elle arrête de prendre sa médication pour ne pas interférer avec les traitements de fertilité. Beau plan! Pour une clinique de fertilité privée, c’est une mine d’or ce genre de cliente; on sait qu’elle est désespérée, qu’elle ira jusqu’au bout, et même un peu plus loin. Là où il y a du désespoir, il y a de l’argent à faire. C’est plate, mais c’est ça.

Ma mère aussi a arrêté de prendre sa médication juste avant d’aller se faire inséminer. Le traitement de son infertilité a pris comme une tournure de traitement de sa dépression. Et elle m’a souvent dit qu’elle a souffert en arrêtant sa médication, mais que c’était une concession qu’elle était prête à faire pour le bien de son enfant. Je suis quand même reconnaissante qu’elle ait choisi de ne pas bousiller mon cerveau en développement avec les anti-dépresseurs qui étaient prescrits au début des années 80.

Seulement, on le sait très bien, avoir un enfant, ça ne guérit pas une dépression. C’est même un facteur de risque pour en déclencher une. Passé l’euphorie du premier test de grossesse positif, la vie reprend son cours, avec quelques éléments de stress en plus. L’inévitable est arrivé, ma mère a été hospitalisée en psychiatrie plusieurs longues périodes au cours de ma vie. À une certaine époque, il a même été question de me placer en famille d’accueil temporairement.

Avant d’entreprendre des traitements de fertilité, on a recommandé à mes parents de rencontrer une psychologue. Celle qui s’occupait des couples infertiles était enceinte de 8 mois à ce moment-là. Ma mère lui aurait arraché la face tellement elle était à bout de nerfs, et je la comprends. Mettons que c’est un manque de délicatesse de la part de la clinique de fertilité; quand on est désespéré pour avoir un enfant, on tolère moins les bedaines qui veulent nous faire la morale. Du reste, je ne pense pas qu’une rencontre avec un psy ou un travailleur social aurait influencé leur décision.

Par ailleurs, je suis convaincue qu’aujourd’hui, même si une rencontre avec un psy est obligatoire lorsqu’on envisage une insémination avec l’apport d’une tierce partie, je ne pense pas qu’il s’agisse d’une évaluation des capacités parentales. Si les parents sont jugés « potentiellement inaptes », on ne leur refuse pas les traitements; ce n’est pas dans le mandat des cliniques de faire des évaluations psycho-sociales. Ce n’est pas non plus dans leur mandat de les supporter psychologiquement si ça tourne mal. Leur mandat, c’est de mettre un bébé dans leur ventre. C’est une mission d’entreprise. Une entreprise à but lucratif, faut-il le rappeler.

La réponse qu’on a donné à Marie dans l’article, on me l’a servie à moi quand j’ai rencontré la travailleuse sociale de la clinique de planning locale: « On a changé nos façon de faire maintenant! ». J’ai pourtant l’impression que peu importe le protocole, tant que les cliniques auront le profit en tête avant tout, on va mal faire. Les cliniques s’en foutent royalement de la douleur des couples infertiles, elles carburent à ça. Elles se foutent encore plus de ce qu’il adviendra des enfants qu’elles produisent. D’ici quelques années, on pourra toujours s’excuser en disant qu’on a changé notre protocole…

Le discours du Dr Jacques Kadoch dans l’article montrent bien son manque d’humanité. Nous, les enfants de la procréation assistée, nous ne sommes que des colonnes de chiffres. Nous sommes son fonds de pension. Nous sommes créés pour être des « bons deals », parce qu’on va rapporter à la société avec nos taxes et nos impôts. On va travailler toute notre vie à payer notre dette existentielle supérieure. Peut-être qu’on ne devrait pas avoir droit à l’assurance-emploi et à l’aide sociale tant qu’à faire, juste pour s’assurer qu’on soit rentables? Peut-être qu’on devrait payer une contribution spéciale pour remercier les contribuables de nous avoir donné la vie?

C’est certain qu’avec un raisonnement de la sorte, on ne doit pas offrir des services de support psychologiques aux couples infertiles; il faut concevoir des bébés rentables! Les psys, ça coute trop cher; et on ne peut pas se permettre de perdre un seul client, surtout si le client en question est au désespoir et a l’esprit embrouillé par une maladie mentale non-traitée; il sera plus facile à manipuler.

De tels propos mériteraient selon moi un sérieux blâme à la clinique OVO. Comme par hasard, c’est dans cette clinique qu’il n’y a pas d’attente. Comme par hasard, c’est là qu’on accepte de faire tous les traitements les plus controversés. Comme par hasard, c’est celle qui réalise le plus grand nombre d’interventions au Québec. Cette clinique agit en toute légalité, certes, mais en terme d’éthique, on repassera. Dommage qu’un boycott ne soit pas envisageable étant donné que les couples infertiles ont tellement de difficultés à obtenir des traitements ici…

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Génération silencieuse

Après avoir appris que j’avais été conçue avec les gamètes d’un étranger, un sentiment de grande solitude m’a envahi. J’avais le désir de me révolter, mais en même temps, je me sentais tellement impuissante. Pour mon entourage, c’était un problème d’enfant gâtée; n’avais-je pas eu tout ce dont j’avais besoin? J’avais l’impression que tout cela ne concernait que moi, que j’étais une mauvaise fille d’avoir un problème avec ma conception, de vouloir m’y opposer. Je devais garder le secret; pour ne pas traumatiser mon frère (qui l’a appris un an plus tard), pour préserver l’honneur de mon père social, pour ne pas faire de peine à ma mère. Jamais il ne m’a effleuré l’esprit qu’il était possible que je ne sois pas seule à vivre une situation similaire.

J’ai joué le jeu pendant des années, je me suis forgé une carapace, j’ai mis en pratique plein de mécanismes de défense. Pour ne pas que ça me revienne en pleine face un jour, je me suis juré de ne jamais avoir d’enfant, de ne pas me marier, de rester une femme forte, seule devant l’adversité, de ne faire confiance en personne. J’évitais de créer des liens trop profonds avec les gens, car l’attachement sous-entendait toujours une certaine forme de responsabilité et menait souvent à la trahison. À chaque fois que je vivais quelque chose d’heureux, je me préparais à en faire le deuil. Rien n’est éternel, pas même la vérité. Et dire que mes parents avaient préféré ne pas adopter entre autre par crainte d’avoir à gérer un enfant avec un trouble de l’attachement…

J’ai grandi, j’ai fini par affronter mes démons. L’avènement d’internet m’a permis d’entrer en contact avec d’autres personnes qui avaient vécu une situation similaire; pour une fois, je n’étais plus seule. Il y a réellement une communauté internationale de personnes issues de la reproduction avec l’apport d’une tierce partie. Dans plusieurs pays, il y a des groupes de support, des associations qui militent pour l’accès aux origines. Il y a aussi des guerriers solitaires qui prennent leur destin en main, parlent ouvertement, donnent des conférences… Malgré certaines divergences d’opinion et d’évidentes différences dans les cultures, ce réseau en développement est un véritable support pour quiconque y cherche un peu de réconfort, des appuis, une oreille attentive. C’est une source d’énergie lorsqu’on choisit de s’engager pour faire changer les choses. C’est en partie ce qui me motive aujourd’hui à prendre la parole, ce qui me conforte dans mes choix.

Mais voilà, au Québec, je n’ai encore trouvé aucune autre personne issue de « don » de gamètes. Pourtant, je suis certaine que je ne suis pas la seule; mes parents n’ont certainement pas été les seuls à utiliser les services de fertilité de l’hôpital St-Luc dans les années 80. Je sais aussi qu’il y avait des cliniques de fertilité dans plusieurs hôpitaux universitaires à l’époque, et de nombreux gynécologues offraient aussi de tels services. Pourquoi est-ce qu’aucune des personnes conçues « artificiellement » ici n’a ressenti le besoin de prendre la parole?

J’en vois déjà me dire que s’ils ne parlent pas, c’est seulement qu’ils sont parfaitement heureux avec leur situation, que je fais partie d’une « minorité bruyante ». Attendez, il y a plusieurs raisons qui peuvent nous inciter à rester dans le placard.

Je suis récemment tombée sur un article de blogue d’une personne adoptée qui tente d’expliquer pourquoi si peu d’adoptés parlent des problématiques qu’ils vivent sur la place publique. Un parallèle peut être fait avec les personnes issues de la reproduction avec l’apport d’une tierce partie. L’auteure distingue 5 catégories d’adoptés qui tendent à rester silencieux: celui qui est encore à un stade précoce d’acceptation de son adoption, l’adopté « loyal », celui qui a peur du rejet, celui qui refuse de se définir uniquement en tant qu’adopté, et finalement, l’activiste brulé qui a assez donné. Je crois sincèrement qu’on retrouve ces 5 catégories de personnes issues de « dons » de gamètes. Seulement, dans notre cas, j’en ajouterais une autre: celui qui ne sait pas la vérité sur sa conception.

Au Québec, on ne sait pas à quel point les enfants qui ont été conçus avec les gamètes d’un étranger sont informés de la chose. Il parait qu’on conseille aux parents intentionnels de le dire à leur enfant, mais on ne sait pas si c’est ce qu’ils font réellement, et je ne sais pas depuis quand ce conseil est donné. En France, certaines études estiment qu’environ 85 % des personnes issues de don de sperme ne sont pas au courant de ce fait. Bien qu’une majorité de parents intentionnels affirment qu’ils souhaitent révéler la vérité à l’enfant qu’ils s’apprêtent à concevoir, près de 60 % finissent par ne rien dire. L’infertilité masculine étant souvent associée à tort à l’impuissance, cela reste un tabou que bien des familles ne brisent pas. Les statistiques seraient sans doute différentes si on incluait les enfants de couples homosexuels à qui on ment beaucoup moins pour des raisons évidentes. Néanmoins, l’accès des homosexuels à la procréation assistée est un fait très récent dans notre histoire (de même que les mères célibataires « par choix », bien que certaines cliniques privées canadiennes acceptaient vraisemblablement d’inséminer des femmes seules dès les années 80).

Combien sommes-nous de personnes issues de l’insémination artificielle avec l’apport d’un étranger au Québec? C’est une donnée qu’on ignore totalement. Depuis que des traitements de fertilité (et pas seulement les FIV) sont dispensés dans nos hôpitaux, on ne sait pas combien d’enfants sont nés à la suite de ces traitements. C’est un secret d’État, doublé souvent d’un secret de famille, qui baigne dans la honte et le désir d’oublier.

Ce n’est pas étonnant que personne au Québec ne prenne la parole. Sur le nombre total (inconnu) de personnes issues de gamètes étrangères, plus des trois-quarts ne doivent pas le savoir. Ceux qui restent sont encouragés à se taire pour préserver la « paix des familles », et les cliniques savent bien que ce serait mauvais pour leur chiffre d’affaire s’ils parlaient. On ne veut pas de nous dans le décor. L’hostilité à laquelle on doit faire face lorsqu’on prend la parole (Consultes donc un psy au lieu d’embêter tout le monde avec tes problèmes!) ne nous aide pas à prendre notre destin en main…

Nous sommes une génération silencieuse, gardée dans la peur et l’ignorance. Si on est si peu présents sur la place publique, ce n’est jamais parce qu’on est contents de cette situation, quoi qu’on en dise.

Et dites-vous bien qu’il est possible que vous soyez, vous aussi, une personne issue de la reproduction avec l’apport d’une tierce partie. Mais vous ne le saurez jamais!

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