Génération silencieuse 2

Depuis que j’ai passé à la tivi, je rencontre souvent des gens qui saluent mon courage de parler publiquement des problèmes en lien avec ma conception ou qui se désolent de ce que j’aie eu à endurer. Encore il y a quelques semaines, une mère célibataire par choix me disait combien ses enfants à elle allaient être parfaitement en paix avec leur conception par « don » anonyme de sperme étant donné qu’elle leur en avait parlé depuis leur plus tendre enfance. Elle a même ajouté qu’elle ne m’en voulait pas de débattre de ça, après tout, je l’avais appris sur le tard, ce qui est inacceptable.

J’ai souvent l’impression d’être étiquettée comme une des rares personnes « qui l’ont mal vécu », et que ma prise de parole est plus une affaire de vengeance envers mes parents que de désir réel de changer les choses pour les générations à venir. Je vais probablement en décevoir quelques uns en affirmant que je le vis bien, et que c’est pour cette raison que je prends la parole. J’irai même un peu plus loin en disant que les personnes conçues avec l’apport d’une tierce partie sont généralement silencieuses précisément parce qu’elles le vivent mal.

Quand on vit mal avec le fait de ne pas savoir d’où on vient, on est tellement empêtrés dans nos questionnements existentiels qu’on n’ose pas affirmer quoi que ce soit sur la place publique. Quand on est encore à combattre nos démons, on n’a pas la force d’affronter ceux des autres. Quand on ne sait plus sur qui on peut compter, qui dit la vérité et qui l’arrange à son avantage, on ne va pas menacer l’équilibre fragile d’une famille constituée sur des bases douteuses.

Ça prend une résilience à toute épreuve pour affronter l’indifférence des politiciens, la condescendance des médecins, les foudres des mères solo sur les réseaux sociaux, les courriels haineux, la désapprobation de sa famille. Il faut un solide confiance en soi pour laisser les gens nous traiter d’homophobe, d’ingrate, pour lire qu’on ne mérite pas de vivre sans sourciller. Bien souvent, on n’a pas ce qu’il faut, on le sait bien, et on refuse de plonger.

Depuis notre plus tendre enfance, on se fait dire qu’on doit démontrer de la gratitude pour ceux qui nous ont torché aimé. Qu’on aurait très bien pu ne jamais venir au monde. Et on a la trouille qu’on nous « retourne au magasin », vu qu’on a littéralement été achetés. Ça fait qu’on reste avec nos problèmes de confiance, on prend des anxiolitiques, on adhère à des théories du complot, on boit pour ne pas y penser, on porte un masque, on cherche même parfois à mourir en douce…

J’ai été mal à l’aise pendant des années par rapport à ma conception avec l’apport d’une tierce partie. Toutes ces années, je suis restée silencieuse. Maintenant, je vais mieux. Je le vis bien. Et j’en parle.

Malheureusement, nous sommes encore une génération silencieuse, ce qui veut dire qu’on ne le vit pas toujours très bien…

Advertisements

Poster un commentaire

Classé dans Uncategorized

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s