Une tape dans l’dos à travers le temps

Récemment, le documentaire « Né de sperme inconnu », auquel j’ai participé, a été diffusé sur les ondes de Canal Vie. Nathalie Petrowski en a parlé dans La Presse. Mon blogue est apparu « sur la map », suscitant toutes sortes de réactions.

Je n’ai pas pu m’empêcher d’aller lire les commentaires sur les différentes plate-formes, média sociaux et autres. Je ne suis pas choquée de ce que j’y ai lu, je m’y attendais. Je savais qu’en brisant le tabou, en prenant la parole et en réclamant des changements, j’allais blesser quelques ego… Je savais que je verrais beaucoup d’ignorance dans certains commentaires. À vrai dire, je m’attendais à bien pire!

Je me suis demandé, après le tournage, pourquoi je faisais tout ça. Après tout, c’est vrai que j’ai peu d’espoir de retrouver mon géniteur, et que d’avoir cette information d’une extrême importance n’est pas une condition essentielle à ma survie ou à mon équilibre mental. J’ai appris à vivre avec ce vide. J’ai lentement traversé plusieurs étapes du deuil, je me sens généralement sereine et résiliente. Alors pourquoi est-ce que je ressens le besoin de donner des entrevues, de parler publiquement, de fonder une association?

Quand j’étais au secondaire, un prof que j’ai beaucoup apprécié nous avait demandé de rédiger une lettre pour nou-mêmes dans 5 ans. J’étais alors en pleine crise. Je ne comprenais pas ce que je faisais sur Terre, j’aurais préféré ne jamais venir au monde, je pensais souvent à m’enlever la vie. Et je me suis écrit un cri du coeur. En lisant la lettre 5 ans plus tard aux retrouvailles de mon école, j’ai juste eu envie d’envoyer un câlin à cette adolescente troublée qui cherchait désespérément quelque chose à quoi se raccrocher. Elle avait juste besoin d’une tape dans le dos. Un signe pour lui dire « hey! T’es pas toute seule. C’est correct ce que tu vis, c’est normal, tu n’as pas à avoir honte. On va t’aider, tu vas t’en sortir, ça va aller mieux! ».

Parmi les témoignages que j’ai reçus suivant la diffusion du documentaire, il y a eu des adolescents en crise existentielle. Des jeunes qui m’ont fait pensé à moi, avant. Des personnes qui m’ont dit que ma prise de parole les avait réconfortées. J’ai peut-être sauvé une vie…

Et maintenant, je comprends que ma quête personnelle est devenue une quête sociale. Je veux militer pour faire reconnaître les droits des personnes conçues par don de gamètes. Je veux qu’on se réapproprie nos vie, qu’on sorte de l’ombre, qu’on soit supportés. Je veux mener cette bataille pour tous ceux qui viendront après moi, et pour cette adolescente brisée que j’ai été. Je veux être l’adulte compréhensif que j’ai tant cherché à l’époque…

Je ne suis plus toute seule. On est autour de 8000 au Québec à ce qu’il paraît. Ce nombre va augmenter au cours des prochaines années. Je sais qu’on peut s’entraider, se supporter. Je sais qu’ensemble, on peut faire bouger les choses.

Virtuellement, j’envoie une tape dans le dos au moi d’autrefois. « T’en fais pas fille, tu vas reprendre le contrôle sur ta vie. Tu vas changer le monde à ta manière. Tu seras heureuse. Je te le promets. » ❤

Pour ceux que ça intéresse, j’ai démarré un groupe secret sur Facebook pour les personnes conçues par don de gamètes au Québec. Vous pouvez me contacter en privé pour y être ajouté si vous êtes dans cette situation vous aussi…

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