Archives mensuelles : mai 2016

Une tape dans l’dos à travers le temps

Récemment, le documentaire « Né de sperme inconnu », auquel j’ai participé, a été diffusé sur les ondes de Canal Vie. Nathalie Petrowski en a parlé dans La Presse. Mon blogue est apparu « sur la map », suscitant toutes sortes de réactions.

Je n’ai pas pu m’empêcher d’aller lire les commentaires sur les différentes plate-formes, média sociaux et autres. Je ne suis pas choquée de ce que j’y ai lu, je m’y attendais. Je savais qu’en brisant le tabou, en prenant la parole et en réclamant des changements, j’allais blesser quelques ego… Je savais que je verrais beaucoup d’ignorance dans certains commentaires. À vrai dire, je m’attendais à bien pire!

Je me suis demandé, après le tournage, pourquoi je faisais tout ça. Après tout, c’est vrai que j’ai peu d’espoir de retrouver mon géniteur, et que d’avoir cette information d’une extrême importance n’est pas une condition essentielle à ma survie ou à mon équilibre mental. J’ai appris à vivre avec ce vide. J’ai lentement traversé plusieurs étapes du deuil, je me sens généralement sereine et résiliente. Alors pourquoi est-ce que je ressens le besoin de donner des entrevues, de parler publiquement, de fonder une association?

Quand j’étais au secondaire, un prof que j’ai beaucoup apprécié nous avait demandé de rédiger une lettre pour nou-mêmes dans 5 ans. J’étais alors en pleine crise. Je ne comprenais pas ce que je faisais sur Terre, j’aurais préféré ne jamais venir au monde, je pensais souvent à m’enlever la vie. Et je me suis écrit un cri du coeur. En lisant la lettre 5 ans plus tard aux retrouvailles de mon école, j’ai juste eu envie d’envoyer un câlin à cette adolescente troublée qui cherchait désespérément quelque chose à quoi se raccrocher. Elle avait juste besoin d’une tape dans le dos. Un signe pour lui dire « hey! T’es pas toute seule. C’est correct ce que tu vis, c’est normal, tu n’as pas à avoir honte. On va t’aider, tu vas t’en sortir, ça va aller mieux! ».

Parmi les témoignages que j’ai reçus suivant la diffusion du documentaire, il y a eu des adolescents en crise existentielle. Des jeunes qui m’ont fait pensé à moi, avant. Des personnes qui m’ont dit que ma prise de parole les avait réconfortées. J’ai peut-être sauvé une vie…

Et maintenant, je comprends que ma quête personnelle est devenue une quête sociale. Je veux militer pour faire reconnaître les droits des personnes conçues par don de gamètes. Je veux qu’on se réapproprie nos vie, qu’on sorte de l’ombre, qu’on soit supportés. Je veux mener cette bataille pour tous ceux qui viendront après moi, et pour cette adolescente brisée que j’ai été. Je veux être l’adulte compréhensif que j’ai tant cherché à l’époque…

Je ne suis plus toute seule. On est autour de 8000 au Québec à ce qu’il paraît. Ce nombre va augmenter au cours des prochaines années. Je sais qu’on peut s’entraider, se supporter. Je sais qu’ensemble, on peut faire bouger les choses.

Virtuellement, j’envoie une tape dans le dos au moi d’autrefois. « T’en fais pas fille, tu vas reprendre le contrôle sur ta vie. Tu vas changer le monde à ta manière. Tu seras heureuse. Je te le promets. » ❤

Pour ceux que ça intéresse, j’ai démarré un groupe secret sur Facebook pour les personnes conçues par don de gamètes au Québec. Vous pouvez me contacter en privé pour y être ajouté si vous êtes dans cette situation vous aussi…

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L’offre et la demande

« Si les donneurs ne pouvaient pas rester anonymes, on n’aurait plus assez de sperme pour combler la demande »

Je l’ai entendue des milliers de fois celle-là. Et je peux vous assurer que c’est faux.

Plusieurs pays dans le monde ont adopté des lois qui permettent aux descendants de « dons » de gamètes de connaitre leurs origines à un moment ou à un autre de leur vie. Tous ces pays, sans exception, ont vu une augmentation du nombre de nouveaux donneurs suite à l’adoption de ces lois. Tous. Certains ont vu le profil des donneurs changer; plus de gens sérieux qui ont bien réfléchi aux conséquences de leur geste, moins d’étudiants insouciants qui veulent se payer une couple de bières le week-end prochain.

Pourquoi alors est-ce que les banques de spermes continuent de prôner l’anonymat comme la meilleure solution? Plusieurs raisons sont en cause, mais la réalité, c’est que ça fait leur affaire. Ça leur évite surtout d’avoir à se soumettre à un contrôle extérieur. Personne ne peut savoir combien d’enfants sont conçus avec le même sperme. Personne ne peut vérifier si le « donneur » en est bien un ou bien si on a « recyclé » le sperme d’un homme qui l’avait fait congelé pour d’autres raisons. Personne ne peut vérifier si ce qui est allégué dans les catalogues de donneurs est véridique. Les cliniques peuvent donc vendre du sperme comme bon leur semble (ici ou à l’étranger), l’utiliser à des fins de recherches sur les embryons et cellules-souches, le conserver pour l’utiliser dans 10, 30, 50, 100 ans… Tout ça sous le couvert du voeux pieux d’aider des couples infertiles à réaliser leur rêve de fonder une famille.

Si le but était réellement de suffire à la demande, on lèverait l’anonymat demain matin. Théoriquement, ça amènerait plein de nouveaux donneurs!

La vraie raison de la supposée pénurie de sperme dans les pays qui ont levé l’anonymat, c’est surtout la hausse de la demande de sperme. Plus de cas d’infertilité, plus de recherche sur les cellules-souche, sur les embryons humains… Et aussi, il n’est plus possible pour l’industrie de créer des super-donneurs, des Starbuck qui engendrent des centaines, voire des milliers d’enfants.

C’est la loi de l’offre et de la demande. La base de l’économie. Et après, on s’étonne quand je dis que je me sens parfois comme un vulgaire objet de consommation…

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