Archives mensuelles : mai 2015

Appeler un chat un chat!

Bien que les technologies de la reproduction ne datent pas d’hier, la langue n’a pas encore su s’adapter à cette réalité. Lorsqu’on parle de procréation assistée, on utilise généralement un vocabulaire truffé d’euphémismes qui peuvent devenir offensants pour certains. Il m’arrive de les utiliser, lorsque je n’ai pas de solution de rechange, ou juste pour faire plus court que la langue de bois. Dans ce cas-là, j’abuse des guillemets (ou des parenthèses). Désolée si ça peut devenir lourd à lire!

Voici donc quelques termes que je considère mal utilisés, imprécis ou simplement inappropriés. N’hésitez pas à commenter pour me faire part d’autres termes qui vous choquent parfois, j’ai l’intention de faire d’autres entrées de blogues sur ce sujet éventuellement.

Donneur

Le terme donneur introduit la notion de don. Or, actuellement, la majorité des « donneurs » de gamètes sont rémunérés, ce qui va un peu à l’encontre du terme. Même dans les pays où la loi interdit la rémunération des fournisseurs de gamètes (comme c’est le cas ici, au Canada), ces derniers ont droit à des « compensations » qui peuvent se faire sans présentation de factures et qui peuvent couvrir bien plus que le ticket de stationnement et le repas au restaurant. On voudrait bien croire qu’ils ne le font que par pur altruisme, ce n’est pas le cas. C’est financièrement intéressant de faire un don de sperme, même lorsqu’on n’est pas officiellement rémunéré.

Il faut aussi savoir que la majorité du sperme utilisé à l’heure actuelle par les cliniques de fertilité québécoises provient des banques de sperme étasuniennes. Parfois, c’est indirectement, par l’entremise d’une banque canadienne, mais les « donneurs » son bel et bien Étasuniens, et ils sont grassement payés pour leur « don ».

Par ailleurs, je suis aussi choquée lorsqu’on dit que l’homme qui a fourni les gamètes pour me donner la vie est mon donneur. À moi, il n’a rien donné. C’est le donneur de mes parents. Si son « don » a été fait dans un élan de générosité, celui-ci était dirigé envers mes parents et non envers moi. Si quelqu’un a une dette envers lui, ce sont mes parents, pas moi. Aussi bête que cela puisse paraître, je n’ai pas demandé à venir au monde.

Bébé-éprouvette

« Je suis un bébé éprouvette. » Au secondaire, je trouvais que ça faisait vraiment cool de dire ça. J’étais spéciale, ça faisait de moi un humain différent de tous les autres qui m’avaient précédée.

Mais j’ai grandi. Je me suis mise à détester la science, car je croyais que les scientifiques étaient des gens qui font des « découvertes » sans se soucier des sentiments des gens qui étaient impliqués dans leurs projets. J’étais Frankenstein. J’avais honte d’être un bébé-éprouvette.

Un bébé, c’est un être humain à la base. Ça devient un adulte. En me confinant au titre de bébé-éprouvette, on me confine au titre de mineur. Or j’ai 31 ans. Je ne suis plus un bébé, je peux prendre des décisions pour moi-même et je sais mieux que quiconque ce qui est bien pour moi.

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