Archives mensuelles : octobre 2013

Retrouver l’homme-mystère

Si je n’ai pas cherché mon père biologique pendant plusieurs années, c’est que j’étais convaincue que c’était une entreprise complètement vaine. Petit à petit, le besoin de connaitre mes origines a grandi en moi. Puis, beaucoup de choses ont changé au cours des 15 dernières années. L’arrivée d’internet et des réseaux sociaux a radicalement changé notre définition de l’anonymat. Désormais, des tests d’ADN sont accessibles pour le grand public, et on peut construire son arbre généalogique à partir d’un simple échantillon de salive. Je voulais donner ici quelques liens utiles pour des personnes qui voudraient se lancer à la recherche de leur géniteur ou de demi-frères/demi-sœurs. J’en suis encore au tout début de mes recherches, donc il se pourrait que j’ajoute d’autres astuces au fil du temps. Si vous avez des conseils ou si vous connaissez des ressources francophones en la matière, n’hésitez pas à me contacter.

Pour commencer

Avant de débuter une recherche, il est important d’obtenir un maximum d’informations sur le « donneur ». Pour les personnes conçues dans les 20-25 dernières années, il se pourrait que vos parents sociaux aient un « numéro de donneur » associé à une banque de sperme. Ce code peut être fort utile sur plusieurs sites de recherches. Aussi, plusieurs parents intentionnels ont eu une description sommaire du donneur du genre « Cheveux blonds, yeux bleus, 6’2 », aime le plein air, possède un diplôme universitaire et travaille dans une quincaillerie à temps partiel ». Vous pourriez aussi connaitre son groupe sanguin, ses origines ethniques, et même, pour les conceptions plus récentes, une photo de lui bébé et un fichier avec sa voix. Il vous sera aussi utile de recueillir des information sur votre mère (ou père, si vous êtes issu d’un don d’ovule), par exemple, son groupe sanguin. Il est aussi important de demander si vous avez été conçu avec du sperme frais ou congelé.

Il est possible que vous n’ayez rien de tout cela. Rassurez-vous, ça ne vous empêchera pas de faire des recherches, et ça ne vous empêchera pas de trouver de la parenté. Dans mon cas, je n’ai aucune information sur le donneur, et la communication avec mes parents complique cette cueillette de données. Malgré tout, j’ai découvert que j’avais plus d’informations en moi que je ne le croyais…

Dossiers médicaux

L’une des premières démarches consiste à tenter d’obtenir des dossiers médicaux. Si vous savez dans quelle clinique vous avez été conçu, vous pouvez demander à votre mère de faire la demande de son dossier médical. Malheureusement, personne n’a accès au dossier médical de ses parents, il faut donc que vous convainquiez votre mère de signer la demande pour vous. Il se peut qu’aucun dossier ne soit conservé. En effet, une insémination artificielle n’est pas considérée comme une chirurgie et ne nécessite pas d’hospitalisation, ce qui fait que selon une loi qui a changé je-ne-sais-quand, on n’a gardé aucune trace de ces actes médicaux. Mais tentez votre chance si vous le pouvez!

Vous pouvez aussi demander votre dossier de naissance à l’hôpital où vous êtes né, ainsi que ce qui est parfois appelé la « feuille d’accouchement ». On pourrait y avoir déclaré des informations sur votre géniteur, de même que certaines informations intéressantes (mais pas vraiment utiles dans la recherche) comme votre poids à la naissance, si vous êtes né par césarienne, si des forceps ont été utilisés, etc. C’est très facile à demander, et c’est gratuit si le dossier fait moins de 20 pages.

Les zinternets

Avec ces informations en main, vous êtes prêts à parcourir les internets. Soyez gentils avec les autres procréés artificiellement que vous rencontrerez, ils pourraient très bien être parents avec vous!

Sur le web, il faut généralement communiquer dans la langue de Shakespeare. Il existe une association en France, qui a beaucoup d’information sur son site et des liens très intéressants. Cependant, leur mission est surtout de militer pour la levée de l’anonymat du don de sperme en France. La plupart des sites dont je ferai mention sont uniquement en Anglais. Si vous n’êtes pas bilingue, Google translate pourra vous aider, mais vos recherches seront beaucoup plus laborieuses…

Il existe plusieurs groupes de support en ligne, où les gens discutent d’enjeux socio-politiques reliés à la conception avec l’apport d’une tierce personne, de leur expérience personnelle de même que de leurs démarches pour retracer les membres de leur famille. Ces groupes sont très utiles pour briser l’isolement et trouver un premier support. Généralement, on demande que vous vous présentiez afin de confirmer que vous êtes bien « donor conceived » avant que vous ne puissiez rejoindre le groupe. Ne laissez pas cet obstacle vous arrêter! Il y a un avantage certain à pouvoir discuter à cœur ouvert avec des personnes qui vivent la même situation que nous.

Les registres

Le registre le plus souvent mentionné aux États-Unis est le Donor Sibling Registry (DSR). Au premier abord, c’est un site très intéressant car il propose une très grande base de données permettant de mettre en lien des donneurs et des descendances de par le monde (mais surtout aux États-Unis). Cependant, il est aussi très controversé. Le site fonctionne avec un membership annuel ou à vie qui coute la peau des fesses (à vie, 175$ US). Bien qu’on y vante le nombre élevé de membre, on réalise assez vite que plusieurs sont inactifs car ils n’ont pas renouvelé après un an, si bien que vous pourriez avoir un « match », mais ne jamais parvenir à contacter la personne. De plus, la créatrice du site, Wendy Kramer, semble prendre la critique plutôt mal. Si vous n’avez pas de numéro de donneur, ce site est plutôt inutile pour vous. Il n’y a d’ailleurs que très peu d’entrées québécoises…

Le site AMFOR est aussi américain, beaucoup moins développé, mais il a l’immense avantage d’être gratuit. Vous pouvez facilement y mettre vos informations et rechercher par pays. Il y a plusieurs entrées canadienne, deux québécoises (dont l’une est moi et l’autre n’a pas d’adresse courriel valide). Ça ne coute rien d’essayer!

Les tests d’ADN

Passer un test d’ADN, c’est sortir l’artillerie lourde, mais c’est extrêmement efficace. Le membership des site de réseautage par l’ADN est à vie, et coute généralement moins cher que celui du DSR. Il y a sur ces sites beaucoup de gens, pas nécessairement des personnes issues de dons de gamètes. Certains testent pour obtenir des informations médicales reliées à leur ADN, on simplement par pur intérêt pour leur généalogie. En testant sur l’un de ces sites, vous pourrez aussi transférer vos données (moyennant un certain montant) sur d’autres bases de données. Ça augmente vos chances de trouver.

Pour l’instant, j’ai testé sur 23andMe. Je n’ai pas encore mes résultats, mais j’ai choisi de commencer par cette compagnie parce qu’ils offraient aussi des données de santé. Ainsi, si je ne retrouve pas de famille avec eux, j’aurai au moins une partie de mon historique médicale. Il y a aussi Family Tree DNA qui offre un service similaire. Je compte bien transférer mes données sur ce site également dans l’avenir… Je ferai part de mes impressions ici dès que j’aurai expérimenté la chose.

Il y a de l’espoir!

Bien que la recherche de mes origines puisse sembler très complexe, j’ai confiance que je pourrai trouver. Je lis régulièrement des histoires merveilleuses de personnes qui se sont trouvé des demi-frères après des années de recherches. Tout est possible!

Commentaires fermés sur Retrouver l’homme-mystère

Classé dans Ressources

Fille ingrate recherche géniteur

Quand ma mère m’a annoncé que j’avais été conçue par insémination artificielle, la première chose que j’ai voulu savoir était l’identité de mon géniteur. « C’est impossible » qu’elle m’a dit. Même l’hôpital n’est plus au courant. C’est un donneur anonyme. J’ai demandé combien elle avait payé pour avoir le sperme d’un autre homme. Elle m’a dit qu’elle n’avait pas payé, que le sperme était un « médicament contre l’infertilité », tout comme l’insémination était un « traitement contre l’infertilité de mon père ». J’avais du mal à comprendre. On n’avait pas guéri l’infertilité de personne, et il fallait être naïf pour croire qu’utiliser les gamètes d’une tierce personne pourrait subitement réhabiliter les gamètes de mon père.

J’ai voulu savoir comment ça s’était passé. J’ai alors su que mon géniteur s’était masturbé pour donner son sperme. Ayant été élevée dans une morale catholique rigide où la masturbation était répréhensible, je trouvais ça illogique de penser que mes parents avaient cautionné ça. J’étais dégoutée. Et pourquoi? Qu’est-ce qui l’avait poussé à poser ce geste? Par altruisme, pour aider un couple infertile. Surtout pas dans le but de me mettre au monde, non, dans le but d’aider mes parents à avoir un enfant. Tu parles d’un altruisme!

Je me suis demandé (et je me demande encore aujourd’hui) si cet homme sait que je suis au monde. A-t-il voulu ma venue? A-t-il peur que je le trouve? Quelles étaient ses vraies raisons? Est-il encore en vie? Pense-t-il à moi quelques fois? Voudrait-il savoir que je suis là?

Je trouvais ça tellement difficile de ne pas savoir. Qu’est-ce que j’ai comme bagage génétique, d’où est-ce que je viens réellement? Toutes ces incertitudes provoquaient chez moi un grand sentiment de solitude. Partout, j’étais incomprise. Pour la plupart des gens à qui j’en ai parlé, c’était normal de ne pas connaitre l’identité d’un donneur anonyme. Je devais remercier le ciel d’être en vie et ne pas poser plus de questions.

Toutes ces questions sont viscérales. Je n’ai jamais pu m’empêcher de les poser. Et chaque fois que je me demandais quelque chose à propos de mon père biologique, je ressentais une grande culpabilité. J’étais coupable d’ingratitude.

C’est en lisant des blogues de personnes adoptées que j’ai fini par comprendre que j’étais normale. Dans leurs écrits, je me retrouvais, je me sentais moins seule. Et petit à petit, grâce à la magie d’internet, j’ai trouvé d’autres personnes comme moi, qui vivent une réalité tellement « nouvelle » qu’on n’a pas encore inventé de mot pour la désigner. On appelle ça comment une personne issue d’un don de gamètes? J’ai vu des acronymes, des discussions en anglais sur les termes à utiliser, mais il n’y a pas de consensus. Moi, j’aime le terme procréé; c’est ce que je me suis inventé comme mot pour raccourcir les discussions avec moi-même…

J’ai aussi découvert qu’il existe des registres pour rechercher ses origines. Opérés en majorité aux États-Unis, ceux-ci permettent de mettre en contact les procréés et leurs géniteurs consentants. Et il y a plus: les tests génétiques. Certaines compagnies états-uniennes proposent d’aider à réaliser son arbre généalogique avec un simple échantillon d’ADN. C’est presque épeurant, mais en même temps, ça ouvre plein de portes.

Cette semaine, j’ai commandé un test de l’une de ces compagnies. Je suis vraiment excitée, et en même temps, je n’ai pas beaucoup d’attentes… Mais qui sait, peut-être que j’ai un cousin quelque part qui a décidé de faire le test? Peut-être arriverai-je à trouver des demi-frères/demi-sœurs? Peut-être que par déduction, l’homme-mystère sera démasqué? J’ai en moi une partie de la réponse: 50 % de mon code génétique est de lui. La recherche ne fait que commencer…

Commentaires fermés sur Fille ingrate recherche géniteur

Classé dans Témoignages