Spécial toute sa vie

« Tout ce dont un enfant a besoin dans la vie, c’est de l’amour. » Mentionnez cette phrase dans un party de Noël familial et vous verrez vos interlocuteurs opiner en murmurant: »C’est bien vrai! ». Pourtant, ça ne prend pas un baccalauréat pour savoir qu’un humain ne vit pas d’amour et d’eau fraiche. On a beau aimer notre progéniture, l’avoir désirée du plus profond de notre être, on va faire des erreurs de parents. On cherche toujours à les éviter, mais des fois, on a besoin de se rassurer, de se faire dire que tout va bien aller, qu’on a fait de notre mieux. Cette phrase sert à ça…nous déculpabiliser. Et la majorité du temps, on en a bien besoin, parce que les parents parfaits, ça n’existe pas.

Parenthèse: Je suis quand même dubitative sur l’évocation de l’imperfection parentale à toutes les sauces. C’est correct de choisir ses guerres, d’être dépassé certains jours, de faire manger des cochonneries à ses enfants, de leur faire croire au Père Noël, de leur faire une assiette de pâtes blanches parce qu’ils ne veulent pas manger le menu du jour, de leur dire NON sans explication; ça ne va pas les traumatiser toute leur vie, la plupart des enfants de leur âge va avoir vécu quelque chose de similaire. Par contre, il y a des choses sur lesquelles on s’entend qu’il n’y a pas de concession à faire, par exemple, quand il s’agit de la sécurité, du développement et des besoins primaires d’un enfant. Fin de la parenthèse.

Ce que j’essaie de dire, c’est que de désirer un enfant pendant un nombre X d’années ne fait pas de vous des meilleurs parents. Ça ne vous rend pas plus aimant. Si vous avez emprunté un chemin semé d’embûches pour devenir parents, vous allez être parents au même titre que les autres. Votre enfant ne vous en devra pas une parce qu’il a mis du temps à s’incarner. Bien sur, il sera spécial à vos yeux. Mais si vous avez du introduire l’apport d’une tierce partie à votre projet parental, sachez que votre enfant, il sera spécial toute sa vie. Et ce ne sera pas toujours positif.

Alors que vous ne penserez probablement plus aux difficultés rencontrées pour mettre au monde cette petite boule d’amour, elle, elle se demandera d’où elle vient, pourquoi, comment… Une fois qu’elle aura quitté le nid familial, votre progéniture se fera demander d’innombrables fois quels sont ses antécédents médicaux, et remettra souvent en cause la présomption de perfection des « donneurs » de sperme.

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L’arbre généalogique: un exercice dépassé

La première fois que c’est arrivé, c’était en 1994. À l’époque, je ne savais pas encore. Je suis revenue de l’école avec un devoir à faire avec mes parents: remplir un arbre généalogique avec le nom de mes parents, de leurs parents, de leurs grand-parents et arrière-grand-parents. À ce moment, c’était simple pour moi de le faire, mais ça avait causé quelques problèmes pour d’autres enfants de ma classe. Il y avait au moins un enfant en famille d’accueil et un dont le père était disparu dans la brume depuis belle lurette. Et aussi, celui dont les parents étaient divorcés (ils étaient encore en minorité à l’époque) qui était chez son père cette journée-là et qui n’a pas pu remplir le côté de sa mère…

Plus tard, à l’adolescence, je suis retombée sur ce travail que j’avais fait à l’école, et j’ai été très ébranlée. Foutaise! que je me disais…

Cette feuille-là m’a quand même été fort utile pour effectuer mes recherches généalogiques, notamment en me permettant d’éliminer les matches d’ADN du côté maternel. Mais je crois que de faire faire un arbre généalogique à des enfants à l’école, ça devrait être proscrit. C’est une pratique beaucoup trop discriminatoire.

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Génération silencieuse 2

Depuis que j’ai passé à la tivi, je rencontre souvent des gens qui saluent mon courage de parler publiquement des problèmes en lien avec ma conception ou qui se désolent de ce que j’aie eu à endurer. Encore il y a quelques semaines, une mère célibataire par choix me disait combien ses enfants à elle allaient être parfaitement en paix avec leur conception par « don » anonyme de sperme étant donné qu’elle leur en avait parlé depuis leur plus tendre enfance. Elle a même ajouté qu’elle ne m’en voulait pas de débattre de ça, après tout, je l’avais appris sur le tard, ce qui est inacceptable.

J’ai souvent l’impression d’être étiquettée comme une des rares personnes « qui l’ont mal vécu », et que ma prise de parole est plus une affaire de vengeance envers mes parents que de désir réel de changer les choses pour les générations à venir. Je vais probablement en décevoir quelques uns en affirmant que je le vis bien, et que c’est pour cette raison que je prends la parole. J’irai même un peu plus loin en disant que les personnes conçues avec l’apport d’une tierce partie sont généralement silencieuses précisément parce qu’elles le vivent mal.

Quand on vit mal avec le fait de ne pas savoir d’où on vient, on est tellement empêtrés dans nos questionnements existentiels qu’on n’ose pas affirmer quoi que ce soit sur la place publique. Quand on est encore à combattre nos démons, on n’a pas la force d’affronter ceux des autres. Quand on ne sait plus sur qui on peut compter, qui dit la vérité et qui l’arrange à son avantage, on ne va pas menacer l’équilibre fragile d’une famille constituée sur des bases douteuses.

Ça prend une résilience à toute épreuve pour affronter l’indifférence des politiciens, la condescendance des médecins, les foudres des mères solo sur les réseaux sociaux, les courriels haineux, la désapprobation de sa famille. Il faut un solide confiance en soi pour laisser les gens nous traiter d’homophobe, d’ingrate, pour lire qu’on ne mérite pas de vivre sans sourciller. Bien souvent, on n’a pas ce qu’il faut, on le sait bien, et on refuse de plonger.

Depuis notre plus tendre enfance, on se fait dire qu’on doit démontrer de la gratitude pour ceux qui nous ont torché aimé. Qu’on aurait très bien pu ne jamais venir au monde. Et on a la trouille qu’on nous « retourne au magasin », vu qu’on a littéralement été achetés. Ça fait qu’on reste avec nos problèmes de confiance, on prend des anxiolitiques, on adhère à des théories du complot, on boit pour ne pas y penser, on porte un masque, on cherche même parfois à mourir en douce…

J’ai été mal à l’aise pendant des années par rapport à ma conception avec l’apport d’une tierce partie. Toutes ces années, je suis restée silencieuse. Maintenant, je vais mieux. Je le vis bien. Et j’en parle.

Malheureusement, nous sommes encore une génération silencieuse, ce qui veut dire qu’on ne le vit pas toujours très bien…

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La vraie menace

Le rapport du comité consultatif sur la réforme du droit de la famille est tabletté. Pas question de voir quoi que ce soit bouger d’ici à ce qu’un nouveau gouvernement soit élu.

Ce matin, aux nouvelles, les politiciens s’obstinent encore au sujet de bouts de tissus portés ou pas par des femmes qui mettraient en péril notre identité, voire notre sécurité. Pendant ce temps, on vit avec des lois en matière de famille qui sortent tout droit de la Grande Noirceur et qui n’ont pas été révisées depuis 1980. Je n’étais pas née à ce moment-là, en passant.

Alors pendant qu’on a peur de supposées extrémistes religieuses, on se rassure dans une conception machiste et rétrograde de la famille que les curés ont enseignée à nos grand-parents dans les années 40. Pendant qu’on s’imagine que la réelle menace à notre identité porte un voile, on conçoit des enfants incapables de connaitre leurs origines, gardées secrètes. Et là, je ne parle même pas des couples qui se ruinent dans les procédures de divorce pendant que leurs enfants souffrent en silence, marqués à vie par un processus qui les relègue au rang de biens meubles.

Mettre l’enfant au coeur du droit de la famille, me semble que ça allait de soi. Ben il semblerait que la société québécoise ne soit pas prète à cela. J’hésite en ce moment si je devrais appeler mon député ou aller allumer un lampion…

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Une tape dans l’dos à travers le temps

Récemment, le documentaire « Né de sperme inconnu », auquel j’ai participé, a été diffusé sur les ondes de Canal Vie. Nathalie Petrowski en a parlé dans La Presse. Mon blogue est apparu « sur la map », suscitant toutes sortes de réactions.

Je n’ai pas pu m’empêcher d’aller lire les commentaires sur les différentes plate-formes, média sociaux et autres. Je ne suis pas choquée de ce que j’y ai lu, je m’y attendais. Je savais qu’en brisant le tabou, en prenant la parole et en réclamant des changements, j’allais blesser quelques ego… Je savais que je verrais beaucoup d’ignorance dans certains commentaires. À vrai dire, je m’attendais à bien pire!

Je me suis demandé, après le tournage, pourquoi je faisais tout ça. Après tout, c’est vrai que j’ai peu d’espoir de retrouver mon géniteur, et que d’avoir cette information d’une extrême importance n’est pas une condition essentielle à ma survie ou à mon équilibre mental. J’ai appris à vivre avec ce vide. J’ai lentement traversé plusieurs étapes du deuil, je me sens généralement sereine et résiliente. Alors pourquoi est-ce que je ressens le besoin de donner des entrevues, de parler publiquement, de fonder une association?

Quand j’étais au secondaire, un prof que j’ai beaucoup apprécié nous avait demandé de rédiger une lettre pour nou-mêmes dans 5 ans. J’étais alors en pleine crise. Je ne comprenais pas ce que je faisais sur Terre, j’aurais préféré ne jamais venir au monde, je pensais souvent à m’enlever la vie. Et je me suis écrit un cri du coeur. En lisant la lettre 5 ans plus tard aux retrouvailles de mon école, j’ai juste eu envie d’envoyer un câlin à cette adolescente troublée qui cherchait désespérément quelque chose à quoi se raccrocher. Elle avait juste besoin d’une tape dans le dos. Un signe pour lui dire « hey! T’es pas toute seule. C’est correct ce que tu vis, c’est normal, tu n’as pas à avoir honte. On va t’aider, tu vas t’en sortir, ça va aller mieux! ».

Parmi les témoignages que j’ai reçus suivant la diffusion du documentaire, il y a eu des adolescents en crise existentielle. Des jeunes qui m’ont fait pensé à moi, avant. Des personnes qui m’ont dit que ma prise de parole les avait réconfortées. J’ai peut-être sauvé une vie…

Et maintenant, je comprends que ma quête personnelle est devenue une quête sociale. Je veux militer pour faire reconnaître les droits des personnes conçues par don de gamètes. Je veux qu’on se réapproprie nos vie, qu’on sorte de l’ombre, qu’on soit supportés. Je veux mener cette bataille pour tous ceux qui viendront après moi, et pour cette adolescente brisée que j’ai été. Je veux être l’adulte compréhensif que j’ai tant cherché à l’époque…

Je ne suis plus toute seule. On est autour de 8000 au Québec à ce qu’il paraît. Ce nombre va augmenter au cours des prochaines années. Je sais qu’on peut s’entraider, se supporter. Je sais qu’ensemble, on peut faire bouger les choses.

Virtuellement, j’envoie une tape dans le dos au moi d’autrefois. « T’en fais pas fille, tu vas reprendre le contrôle sur ta vie. Tu vas changer le monde à ta manière. Tu seras heureuse. Je te le promets. » ❤

Pour ceux que ça intéresse, j’ai démarré un groupe secret sur Facebook pour les personnes conçues par don de gamètes au Québec. Vous pouvez me contacter en privé pour y être ajouté si vous êtes dans cette situation vous aussi…

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L’offre et la demande

« Si les donneurs ne pouvaient pas rester anonymes, on n’aurait plus assez de sperme pour combler la demande »

Je l’ai entendue des milliers de fois celle-là. Et je peux vous assurer que c’est faux.

Plusieurs pays dans le monde ont adopté des lois qui permettent aux descendants de « dons » de gamètes de connaitre leurs origines à un moment ou à un autre de leur vie. Tous ces pays, sans exception, ont vu une augmentation du nombre de nouveaux donneurs suite à l’adoption de ces lois. Tous. Certains ont vu le profil des donneurs changer; plus de gens sérieux qui ont bien réfléchi aux conséquences de leur geste, moins d’étudiants insouciants qui veulent se payer une couple de bières le week-end prochain.

Pourquoi alors est-ce que les banques de spermes continuent de prôner l’anonymat comme la meilleure solution? Plusieurs raisons sont en cause, mais la réalité, c’est que ça fait leur affaire. Ça leur évite surtout d’avoir à se soumettre à un contrôle extérieur. Personne ne peut savoir combien d’enfants sont conçus avec le même sperme. Personne ne peut vérifier si le « donneur » en est bien un ou bien si on a « recyclé » le sperme d’un homme qui l’avait fait congelé pour d’autres raisons. Personne ne peut vérifier si ce qui est allégué dans les catalogues de donneurs est véridique. Les cliniques peuvent donc vendre du sperme comme bon leur semble (ici ou à l’étranger), l’utiliser à des fins de recherches sur les embryons et cellules-souches, le conserver pour l’utiliser dans 10, 30, 50, 100 ans… Tout ça sous le couvert du voeux pieux d’aider des couples infertiles à réaliser leur rêve de fonder une famille.

Si le but était réellement de suffire à la demande, on lèverait l’anonymat demain matin. Théoriquement, ça amènerait plein de nouveaux donneurs!

La vraie raison de la supposée pénurie de sperme dans les pays qui ont levé l’anonymat, c’est surtout la hausse de la demande de sperme. Plus de cas d’infertilité, plus de recherche sur les cellules-souche, sur les embryons humains… Et aussi, il n’est plus possible pour l’industrie de créer des super-donneurs, des Starbuck qui engendrent des centaines, voire des milliers d’enfants.

C’est la loi de l’offre et de la demande. La base de l’économie. Et après, on s’étonne quand je dis que je me sens parfois comme un vulgaire objet de consommation…

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Lecture obligatoire

Je viens de terminer l’excellent essai d’Audrey Kermalvezen « Mes origines: une affaire d’État ». L’auteure, juriste en bioéthique et elle-même conçue par don de gamètes anonyme, dresse un portrait de cette pratique en France. Bien que plusieurs des problèmes qu’elle soulève soient typiquement français, on comprend vite que les dérives de la conception avec l’apport d’une tierce partie n’ont pas de frontières. Mis à part les technicalités propres au droit français que je comprends très peu n’étant ni juriste, ni Française, je me suis reconnue dans cet ouvrage. On constate que la route est encore longue avant que les droits des personnes conçues par don de gamètes ne soient reconnus et respectés.
Si la loi française semble très hostile aux descendants de donneurs anonymes, il est encore heureux que ces derniers aient une association qui milite pour faire reconnaître leurs droits. Au Québec, une telle association n’existe pas (encore), et les personnes qui découvrent le secret de leurs origines continuent de se sentir isolées la plupart du temps, sans support approprié. Ils continuent d’être absents lorsque des décisions concernant la procréation assistée sont prises, la place étant occupée par les médecins et, dans une moindre mesure, les couples infertiles.
Ce livre remet quelques pendules à l’heure. Il faut le lire. Je le recommande vivement tant aux éventuels « parents d’intention  » qu’aux personnes qui songent à donner leurs gamètes.
Par ailleurs, l’association Procréation médicalement anonyme envisage saisir la cour européenne des droits de l’homme afin de faire reconnaître en France le droit des personnes à connaître leurs origines. De telles actions ont mené à la levée de l’anonymat dans plusieurs pays européens. Pour faire cela, l’association recueille des dons via une campagne de sociofinancement. Le lien est ici. Allez-y, ne serait-ce que pour un petit montant, ça pourra aider…

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